Interview – Dossier : La Fusée Egoless

Azalea - Egoless - Tom Fotom

© Fo’Tom

Egoless // Bandcamp // Discogs

C’était un samedi après-midi du mois de Septembre. Nous avons eu la chance de pouvoir nous entretenir avec Egoless, de son vrai nom Ognjen Zečević (Oggy pour les intimes). Le croate fut invité par les Toulousains du collectif Folklore à l’occasion d’une après-midi session Dub, le GlobalSoundclash qui réunissait également la tribu I-Station et leur fameux sound system.

Cela fait un petit moment que nous suivons le travail d’Egoless, qui ne cesse d’évoluer depuis notre découverte sur la deuxième compilation des “Echodub“, label écossais qui cherche à promouvoir des artistes avec une identité musicale forte (cf: l’immense Cosmic du bristolois Lurka sur la même compilation). S’en suivit rapidement son très connu « Selected Works 09-12 », album en donation libre compilant tous ses morceaux de l’époque. Véritable surprise où la Dubstep aérienne et ambiante d’Egoless affirme (entre autres) ses vraies influences roots culture (Answer Riddim, Awake Dub, Overnight Dub). Après deux excellentes sorties sur Lo Dubs, le monsieur se fit discret en terme de sorties, malgré ses passages répétés au Outlook aux côté des Mungo’s Hi-Fi. 2015 fut une année riche en sorties pour le croate : ZamZam, Lion Charges, System et récemment Scrub A Dub. Ce fut l’occasion pour nous de pouvoir en apprendre un peu plus sur son actualité, son rapport aux machines et surtout à la musique.

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– I-Station Sound System –

La musique, le monsieur n’en vit pas, même de nos jours malgré son récent succès dans le milieu indépendant. Il vit plutôt de son métier d’ingénieur du son à Zagreb. C’est en grandissant dans le punk qu’il fit ses premières armes en tant que bassiste de Faul à la fin des années 90. C’est grâce à ce groupe qu’il commenca à voyager pour jouer, une époque marquante pour lui. Plus que la musique en elle-même, c’est le message implicitement véhiculé par ce style qui l’intéressa : le grand doigt d’honneur (« Fuck You Attitude ») envers notre système. De la musique forte, sauvage, énergique et surtout bruyante. Un bruit qui remplit tout l’espace le temps d’un concert, créant une ambiance bien particulière, propice au relâchement. Il y’a une continuité à cette fougue qu’il retrouva dans le mouvement Jungle/Breakbeat un petit peu plus tard. L’urgence et la sauvagerie sont des notions qui peuvent rejoindre ces deux genres avec un certain regard. La vitesse du Amen Break déstructuré combiné à ses imposantes basses fréquences rendent l’espace propice à un certain relâchement pour le spectateur aussi, tout en restant dans un contexte politique précis (punk: alcool, drogue, sex etc, jungle : rave, drogues angleterre, jeunesse). Ces croisements entre styles ne sont pas un hasard pour le monsieur pour qui cette “énergie” reste présente d’un mouvement à l’autre. Il en est de même pour le Dub et le Dubstep, les deux jouent sur des fréquences très graves occupant tout un espace et de manière très lourde rendant l’atmosphère de chacun des deux unique.

Dans les années 2000, c’est avec ST!llness qu’on le retrouve, dans un groupe crossover avec des amis à lui de Zagreb, fruits de nombreux jams et autre freestyles. D’années en années, la guitare du croate laisse place aux lignes de basses du Reggae et du Dub. Toujours dans cet esprit d’unité avec ses anciens amours, la lourdeur. C’est lors du succès de la période Digital Mystikz et son exportation à l’international qu’Egoless découvrit la science du 140 bpm. Pour ce qui est du dubstep en Croatie, le mouvement EDM et Brostep a tout dévasté pendant leurs courtes années, ne laissant place qu’au artistes vraiment indépendants et amoureux du son depuis le début. La scène est pas forcément énorme, mais reste familiale année après années (Digitron Soundsystem / Bass Matters Soundsystem / Botza / Bamwise / Waitapu). Tous les ans se déroule le Seasplash Festival qui est un festival qui se déroule au même endroit que le Outlook. Festival très important pour la scène, organisé depuis plus de 13 ans ! Egoless faisait également parti du crew Subjekt, qui se pose comme une association Croatienne de producteurs avec Dubdiggerz, Sapleo et Agregat organisant souvent des soirées dubstep. Parmis leurs invités nous pouvons citer Vivek, Joe Nice ou même Gantz.

Au moment de notre entretien, il n’avait pas sorti de musique sur des labels depuis un petit moment. Non pas que le monsieur cessa d’en produire, bien au contraire. Il eu beaucoup de propositions mais quasi toutes venant de web-labels. Non-intéressé, il s’enferme et continue à produire dans l’ombre durant ce break de trois ans. Un break plutôt logique de sa part puisque il ne supporte pas l’idée de vendre des morceaux en format digital. C’est le format physique qui l’intéresse. Format sur lequel il développe toute une réflexion sur la musique numérique. Ou va t’on avec nos fichiers 320k après 20 années passées sur un smartphone ou un ordinateur ? Les fichiers seront-ils toujours en état après 10 passages sur 10 disques dur différents et changés 8 fois d’ordinateur ? Et surtout dans quel état ? Une réflexion plus qu’intéressante et soulevant beaucoup de théories … Problème auquel il a la solution : vendre sa musique en vinyle, le seul format qui l’intéresse pour le public dans le sens de la pérennité dans le temps. Très actif, beaucoup de ses compositions sont disponibles en téléchargement libre sur son bandcamp afin de remercier son public. En résulte les “Selected Works“, dont il vient de sortir le troisième volet en 2016. Attitude qu’on ne peut que saluer tant la qualité de ses free downloads est au rendez-vous (à l’heure actuelle le “post-apocalyptic refix” de Horror Show Style tourne en boucle chez nous !!!).

Egoless - Azalea

Egoless at work – © Fo’Tom

Durant ce break de sorties la scène a bien évoluée, le dubstep a muté pour revenir sur une de ses influences les plus cruciales : le dubwise. J:Kenzo fut l’un des premiers a vraiment sceller cette mutation avec le lancement de Lion Charges, le sous-label de son très noir Artikal Records. La connexion entre J:Kenzo et Egoless se fit à travers le premier vinyle de Egoless, “Rainbow Dub” qu’il joue régulièrement dans ses podcasts pour Mistajam sur BBC1 Extra-Show à l’époque. C’est Kenzo lui même qui le contacta pour le remercier du vinyle. Les échanges entre les deux monsieurs ont commencé à ce moment là. Kenzo parla très vite de son projet Lion Charges et de la tournure qu’il voulait prendre avec ce label en lui demandant de lui envoyer des morceaux exclusifs. Il lui accordera ainsi deux excellentes sorties apportant un hommage neuf et sincère à toute l’ère King Tubby, Lee Perry des années 80. Toujours dans cette optique d’hommage au vieux dub et a à la culture des soundsystems, c’est avec le prestigieux label ZamZam qu’Egoless continuera son ascension. Aucune surprise dans la sortie de ce deux titres, tant la philosophie du label fait écho avec sa musique. Basé à Portland, c’est via Craig Morton (aka Monkeytek, le boss de Lo Dubs Records) que la connexion se fera. Sort alors l’excellent riddim “Yërmënde” porté par la magnifique voix de Daba Makourejah sur la face A. À propos de cette collaboration, Egoless nous avoue avoir adoré collaboré avec elle, mettant un point d’honneur à ce qu’elle chante en Wolof, sa langue natale, pour plus d’authenticité. En résulte ainsi un véritable message sur l’importance de l’éducation sur la jeunesse, un thème récurrent dans la culture Reggae depuis des années. L’instru’ est un gros édit du “Revolution Riddim” de Sly & Robbie qui une fois passé dans les machines du monsieur résonne comme un pur morceau de l’époque mais produit de manière très moderne.

Egoless est également à la tête d’Afro Dub System son side project plus dubby.Le projet commença avec l’idée de combiner les sonorités africaines et jamaïcaines qui pour lui sont similaires sur plusieurs points. Le sample d’Adowa par exemple vient d’un rite funéraire utilisé par le peuple Ga des Ghana en Afrique. En effet pour cette tribu, la mort ne signifie pas la fin de la vie, mais le commencement d’une autre vie. Le rite funéraire se transforme ainsi en une cérémonie spirituelle, laissant place aux chants et à la danse. Quand a la suite du projet, ce n’est pas pour de suite si ce n’est qu’il aimerait beaucoup collaborer avec de vrais musiciens, choristes, chanteurs pour développer ce projet à une plus grande échelle.

Azalea Egoless

…and again. © Fo’Tom

Crédits Photo : TomTom

Klavma the wolf.

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