Interview : Mala [FR & UK]

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– Crédits Photo : Tom

FR / ENG

L’art de l’interview est un exercice assez délicat pour peu que l’on n’en fasse pas souvent. On s’en était bien sortis avec Egoless, un peu moins bien avec Las et Mikael malgré la gentillesse extrême des deux, et très bien avec Darren de Unity Through Sound, même à distance. Alors quand SKS et Tibz de “The Quiet Office” nous ont annoncé que nous pourrions interviewer Mala lors de la soirée “Outlook Edition” en Juillet dernier à Toulouse… l’enthousiasme laissa vite place au stress. Monsieur Mala, M-A-L-A : DMZ, Deep Medi, Anti War Dub, tout ça tout ça… On a décidé de rester simple au final dans nos questions : mettant bien l’accent sur le fait que nous n’étions en aucun cas des journalistes, mais seulement des fans se posant des questions sur le mouvement Dubstep et sur la musique. Au final on a passé un excellent moment, encore merci à lui d’avoir pris le temps de nous répondre. Et surtout merci à The Quiet Office pour ce si bon souvenir. J’ai pété ma montre sur Goblin, et on a pris Two Faced sur le son du Bikini, on peut mourir en paix.


Que pense-tu de la culture Dubstep en France ?

Mala: J’ai eu la chance de voyager dans beaucoup de pays au cours de ma carrière. J’en ai visité plus de 67, et encore je ne suis pas bien certain du nombre exact. Il y a des pays où je ne suis allé qu’une fois, d’autres deux, d’autres où je reviens souvent et certains… où je n’arrive même pas à m’en souvenir. Je viens souvent en France, une à deux fois par an je pense. Selon mon expérience personnelle et sans vouloir représenter qui que ce soit: l’Espagne, la France et l’Italie se ressemblent beaucoup dans la manière qu’ils ont eu d’assimiler ce mouvement que les gens ont baptisé “Dubstep”. Il y a un public qui résonne à cette même-fréquence, mais on dirait que cela n’a jamais réellement grossi. Le nombre de personnes soutenant ce mouvement reste le même, d’années en années en fait. C’est ma troisième fois à Toulouse, quant à Paris je ne me souviens pas du nombre exact de visites… j’ai également joué au Worldwide Festival à Sète et oui, parfois tu croises les mêmes têtes, mais souvent des nouvelles ! Donc je ne pense pas que la scène soit en train de mourir ici ou de stagner: il y a quand même du mouvement mais on dirait que ça ne touche pas un public plus large. Je ne suis pas en train de dire que la France est un environnement bien ou mauvais pour venir jouer, vous l’avez bien vu ce soir à Toulouse c’était génial : le système son était excellent et surtout le public… tellement d’énergie (rires) ! J’essaye de ne pas comparer les pays dans lesquels je joue: je profite juste de ce qu’ils sont, mais pour Toulouse je dois bien avouer qu’il y a une sacrée vibration !

Tu as joué “Way Mi Defend” de Kahn ce soir : était-ce un VIP ou la version d’Ishan Sound ?

Mala: C’était la version d’Ishan Sound, effectivement !

Au niveau de ton passé musical, d’où viens-tu ? Qu’est-ce qui t’as motivé à faire de la musique ?

Mala: Tout ce qui a forgé mon état d’esprit et ma personnalité vient du Hardcore/Jungle des années 93-94. J’ai réellement été bluffé par ça en écoutant les radios pirates de l’époque. Au fond de moi-même, je suis un Junglist, tout vient de la Jungle. En écouter est ce qui m’a poussé à m’investir dans la musique. Je me revois gamin, pendant Nöel quitter le repas pour m’enfermer dans ma chambre: allumer la radio, régler la fréquence et entendre ce fameux “Tchhh Tch Tchh Tchh “. (se met à imiter le amen break en rigolant) Tu vois ce que je veux dire ? Ce breakbeat totalement fou. Je me disais : “Mais qu’est ce que c’est que ce bordel ?” C’est vraiment là où j’ai commencé à explorer le son et ça m’a emmené vers tellement de directions. Voilà mon passé musical: la Jungle, les radios pirates et la culture indépendante.

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“Tu joues ton dubplate au concert alors que tu l’as pressé le jour même, tu écoutes et tu testes. Puis le lendemain, tu repars au studio modifier le morceau, car peut-être que le snare était trop fort mais la basse pas assez épaisse par exemple…”

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Le label DMZ fête ses 12 ans cette année et la dernière sortie date de 2013. Beaucoup sont inquiets notamment à cause de l’inflation du prix des vinyles ces dernières années ce qui rend impossible l’acquisition du catalogue DMZ pour les “nouveaux venus”. Alors voici un peu la question que tout le monde se pose : existe-t’il un avenir pour Digital Mystikz ou c’est une aventure définitivement bouclée ?

Mala: Avec le recul, je me rend compte que tout ceci n’a jamais été une histoire “d’appartenance” simplement parce-que j’ai fait parti de cette création. Les gens disent certaines choses sur comment cette aventure les a affectés. Pour moi il est très important de comprendre que DMZ ne m’appartient pas. Tu ne peux revendiquer cette “appartenance” simplement parce-que tu as été impliqué dans cette création ou simplement parce-que le retour que tu as eu par rapport à ta participation fut intense. Au final c’est un peu l’histoire de la vie. Tout est un un cycle : donner, prendre, donner, prendre… c’est un mouvement continu. DMZ n’appartient au final ni à Loefah, ni a Coki, ni a Pokes, ni à moi-même. DMZ appartient à tous les producteurs de cette époque, à tous les djs, à tous les journalistes, tous les photographes, à tous ceux qui sont venus aux concerts… Pour moi DMZ représente toutes ces personnes là. J’ai toujours vu cette aventure comme une cour de récré géante où les gens explorent et expérimentent. Pas seulement de manière classique où les artistes viennent jouer leurs morceaux, mais plus dans la manière de construire cette musique en réaction au système-son de nos soirées. Tu joues ton dubplate au concert alors que tu l’as pressé le jour même, tu écoutes et tu testes. Puis le lendemain, tu repars au studio modifier le son, car peut-être que le snare était trop fort mais la basse pas assez épaisse par exemple… vous voyez ce que je veux dire?

Et dans tout ce que je viens d’expliquer je n’ai pas encore parler des ingénieurs du son qui s’occupent du mastering, du pressage… On a Jason ici au studio Transition, tout le monde passe par lui à un moment pour presser des dubplates. (ndlr: Jason Goz travaille dans le studio Transition de pressage/mastering de dubplate à Londres, il est l’un des ingénieurs du son les plus demandés et connu dans le Dubstep). Tout le monde a joué son rôle dans cette histoire! Donc quand tu me demandes quel sera le futur de DMZ je ne peux réellement y répondre étant donné que je n’ai jamais contrôlé cette destinée. Je ne faisais que parti d’un tout, et je serai toujours reconnaissant d’y avoir participé. Nous avons construit DMZ en étant un petit groupe d’amis très proches. Nous avions une direction commune en tant que groupe mais individuellement, nous avions aussi des directions propres, c’est la vie, c’est naturel. Donc essayer de m’approprier tout ça reviendrait à ne pas comprendre mon rôle dans DMZ, ou bien dans le mouvement Dubstep. Je me sens très chanceux de vivre cette aventure jour après jour et ça ne me concerne pas seulement moi, mais tout le reste.

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“Le Fatman de Truth me rend toujours aussi fou à chaque fois que je le joue. Je ne fais jamais semblant quand je joue un morceau, alors au fond ça n’a pas d’importance si la personne est un inconnu de 19 ans ou qu’elle en ait 40 et soit très populaire.”

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Tu as sorti en 2017 deux morceaux de Bukez Finezt sur Deep Medi et annoncé un ep pour Egoless (entre autres) en 2018. Ces deux producteurs ont fait leurs preuves depuis déjà des années mais appartiennent à cette « nouvelle génération de producteurs » dans la scène. Est-ce que l’on peut s’attendre à plus de surprises de la part de producteurs de cette génération sur Deep Medi ?

Mala: J’ai toujours joué et sorti de la musique sur Deep Medi de la même manière en fait. Par “même manière” j’entends que la musique est plus forte que tout le reste. Outre le son, il y a aussi un aspect important: c’est la relation qui se construit avec l’artiste dans le temps. Mais c’est la musique qui reste ma priorité. Il y a des producteurs avec lesquels je travaille depuis maintenant plusieurs années, comme Dre et Tris de Truth. J’ai rencontré ces gars-là en 2007. Ça fait 10 ans qu’on se connait, maintenant ! On a partagé tellement de choses ensemble dans beaucoup de pays différents et dans tellement de concerts… Ce sont des gars adorables et de très bons techniciens. Je pense que le cas de Truth est un bon exemple pour répondre à ta question. En fait, ils étaient déjà prêts à jouer leur musique et à la sortir sur des labels avant même que je les rencontre! Ils faisaient leur truc en Nouvelle-Zélande depuis longtemps déjà. Le plus important est d’être ouvert d’esprit. Puis surtout ouvert aux opportunités et être prêts à découvrir de nouvelles musiques. Je me dois d’aimer la musique que je joue, sinon pourquoi est-ce que je la jouerai ? Certains morceaux restent plus d’un an en dubplate dans mon sac. Le Fatman de Truth me rend toujours aussi fou à chaque fois que je le joue. Je ne fais jamais semblant quand je joue un morceau, alors au fond ça n’a pas d’importance si la personne est un inconnu de 19 ans ou qu’elle en ait 40 et soit très populaire. Ce sera toujours la musique qui primera avant tout. Dans un sens, c’est une nouvelle connexion qui se crée, et vous allez de l’avant avec cette nouvelle connexion à chaque fois!

Certains artistes avec lesquels je travaille sont très prolifiques et dans tellement de styles différents. Donc dans un certain sens, c’est impossible de prétendre que ces artistes là te sont “exclusifs” et t’appartiennent simplement parce que tu sors certains de leurs morceaux sur ton label. Il faut vraiment que les gens comprennent que les artistes ont besoin aussi de leur liberté. Les relations évoluent également, c’est pourquoi Truth ont leur propre label maintenant et continuent d’en sortir sur d’autres. Et malgré tout ça ils représentent totalement Deep Medi du début à la fin. Je vois ça comme une véritable bénédiction, on est vraiment dans l’optique de sortir que de la bonne musique. Certains vont dire de Bukez Finezt “qu’Il fait de la musique grinçante”, “qu’il fait du brostep”, “qu’il fait ceci ou cela…” et oui: il en fait. Mais est-ce que tu as écouté l’autre surface de sa musique ? Moi, oui. Bukez Finezt… mon dieu je l’adore. D’un point de vue créatif il est sur une autre planète, très prolifique et vous pouvez écouter son excellent mixage dans tout ce qu’il fait. Et tout comme Egoless il ne joue que des sets « live » en concerts, et ils sont parmi les meilleurs à mon sens. De vrais scientifiques du Dub, comme on en fait plus. Donc pour répondre à ta question : cela n’a pas d’importance que tu sois un nouveau ou non pour que je sorte ton morceau sur Deep Medi, si je le ressens et que ça me plait alors j’agirai.

La prochaine question concerne le fameux “Topper Top” ! 2 , 3 rewinds ce soir, 6 ou 7 aux dix ans de Deep Medi l’an dernier à Brixton… C’est clairement l’un des morceaux phares de l’année, que l’on aime ou pas. Il doit bien y avoir une histoire derrière tout ça non ? Surtout que le catalogue Deep Medi est très discret en terme de genre “Grime” pur et dur.

Mala: Encore une fois je ne peux que parler selon mon point de vue. Si vous voulez en savoir plus il faudra demander à Spyro, Teddy, Lady Chann, Killa P et aux autres ! J’ai entendu ce morceau pour la première fois il y a deux ans sur une boat-party Deep Medi à l’Outlook Festival. On jouait tous ensemble: deux morceaux chacun tous à la suite et c’est Kahn qui a joué ce dubplate. 4 pull-up plus tard : le public était fou et je lui ai demandé : “Qu’est ce que c’est que ça ??” J’ai de suite pensé que c’était une production de lui, mais non ce fut Sir Spyro. J’ai donc cherché un moyen de rentrer en contact avec lui car je ne le connaissais pas du tout ! Par chance, j’ai découvert que son agent bossait pour la même boite que le mien. C’est comme ça que j’ai essayé de joindre Spyro. Je me suis d’abord présenté à son agent et j’ai simplement demandé si je pouvais récupérer le fichier du morceau pour le presser en dubplate. Quelques heures plus tard, je recevais le fichier et l’après-midi même je le pressais. Depuis je l’ai joué autant que je pouvais tellement j’adore ce morceau. C’est drôle car mon agent Steph connaissant son agent depuis longtemps, donc la connexion était déjà présente d’une certaine manière. Trois semaines plus tard, nous avons décidé ensemble d’en faire une sortie sur Deep Medi. Et voilà. Spyro est quelqu’un d’adorable, je suis fier de cette histoire car nous nous sommes rencontrés par le biais de la musique, de SA musique. Encore une fois, voilà pourquoi je me concentre exclusivement sur la musique.

Tu presses encore des dubplates ? Toujours avec Jason ?

Mala: J’en presse bien sur, quasiment tout le temps. Et oui, toujours avec Jason. Je suis très curieux d’apprendre comment différents ingénieurs du son travaille. J’en ai testé beaucoup. Par exemple il y a 5 ans, j’ai pressé un dubplate avec un ingénieur du son de New-York qui travaillait beaucoup avec des rappeurs, il était notamment connu pour avoir bossé sur certains albums de Jay-Z. J’étais donc curieux de voir comment il allait le presser, à cause de qui il était, d’où il venait et de ce qu’il faisait. Le morceau sonnait très bien, mais il n’était pas calibré comme nous le jouons sur les sound-systems.

Quelles étaient les différences ?

Mala: Pour moi, tout venait de la relation Kick/Basse. Le kick du morceau résonnait beaucoup plus que la basse. On aurait dit que la basse ne dirigeait presque plus le son. J’aime que la basse guide réellement le tout, même si le kick doit avoir suffisamment de punch pour passer à travers la basse correctement. Quand tu écoutes ce que nous faisons, tu peux te rendre compte assez facilement que les kicks et la basse sont traités quasiment au même niveau. Parfois la basse sera intense, mais le kick arrivera à passer à travers, il y a tout un jeu là dessus. Dans tous les cas, je ne féliciterai jamais assez Jason pour tout le travail qu’il fait. Au final on a beaucoup d’ingénieurs différents maintenant, et c’est important car certains sons résonnent différemment et même mieux avec différents ingénieurs.

En parlant de Dubplates, il y en a énormément qui trainent sur le net de toi. Certains les collectionne et beaucoup d’entre eux sont incroyables : compte-tu les sortir un jour ?

Mala: Probablement jamais. Pour être honnête avec toi, je ne les écoute même plus maintenant.

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– Copyright : Tom

Making an interview can be such an horrible thing if we never practice. We’ve been doing great with Egoless, a little bit less with Las & Mikael despite their extreme sweetness and really well with Darren from Unity Through Sound. But when SKS and Tibz from The Quiet Office confirmed us that we were about to interview Mala after his set at Outlook Edition in Toulouse last July… enthousiasm suddenly gave way to stress. The M-A-L-A : Anti War Dub, DMZ, Deep Medi, Dubstep… you know the legend. Someone we truly respect for so many years right now. So… we decided to stay simple in the way to approach this moment. We’ve been clear to him that we weren’t journalists, only fanboyz who had questions about Dubstep and the music. Finally everything went really well, thanks again to him for took some time to do this with us. And special thanks to The Quiet Office and their Outlook Edition this night, so much memories : I’ve broke my watch on Goblin, and we’ve heard Two Faced on the Bikini‘s famous soundsystem. We can die in peace, now.


What do you think about Dubstep culture in France?

Mala : I’ve been very fortunate to travel to many countries in my career. I think about 67. Some places I’ve been just once, some places is twice, some places I’ve been back so many time … I can’t remember. France is one of those places I can’t remember how many times I’ve been here to play. I usually come once or twice a year. And it’s interesting, ’cause from my experience and I can’t talk for everybody you know, I’m not trying to represent anything here, but Spain, France and Italy are very similar. In the way that they’ve embraced this movement of music that people call “Dubstep”. Because there is an audience that resonates with this frequency, but it seems like it’s never really grown. The size has always remained the same. This is my third time to Toulouse, I’ve been to Paris, I can’t remember how many times I’ve been to Paris, I’ve playing in Sete at Worldwide Festival and yes, sometimes you see the same faces but also see a lot of new faces, so it’s not like it’s dying or not evolving, there is movement but it never seems to grow to a larger audience. But it doesn’t mean that it makes it less or good environment to play music because you know tonight was incredible, the sound system was on point, the audience man you know… so much energy! I try not to compare places, and just enjoying for what it is. But for Toulouse it was a good vibe, man!

You played “Way Mi Defend” tonight, it was a VIP or Ishan version?

Mala : Ishan’s, man.

Musically, where do you come from ? What makes you want to make music?

Mala : The year and the style of music that really blew my mind was heard through pirate radio stations, in 93-94 it was Hardcore/Jungle, I’m a junglist it’s was a junglist ting’. Listening to this inspired me want to involved in music. I remember for christmas going to my bedroom, plugged in my stereo and moving the frequency dial and hearing some ” tchhh tchh tchh tchh” you know what i’m saying? mad breakbeats. I was like… what’s that? From those days I began to explore the sound and it just took me in so many directions. It was jungle music man, pirate stations, it was the underground.

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“You can play your dubplate in the dance the same day you cut them, then that same night after the dance you go back to the studio to make some edits… maybe you heard the snare was too loud in the dance… or the bassline wasn’t tight enough…”

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DMZ is twelve years old now and still nothing released since 2013. For a newcomer to DMZ music, it can be really difficult to buy some of those plates because of the high prices of the market. So, everyone is wondering : Is there a future for DMZ?

Mala : When I look back at everything here, it’s never been about ownership, just because something is created and you’re involved or just because the feedback that is received as a result of you sharing something that you’ve been part of creating. People say certain things about how it affected them. For me it’s always important to understand that it’s not mine to own. It’s just part of life you know? it’s the cycle : to give, to take, to give, to take… it’s a movement. DMZ wasn’t just mine, loefah, coki and pokes it was about all the other producers, it was all the djs, it was all the mc’s, the journalists, the photographers, the audience, it was everybody that came together because to me when I look back DMZ was like a playground for people to explore : not just producers playing tunes but the way we were tuning the sound system, you know… you can play your dubplate in the dance the same day you cut them, then that same night after the dance you go back to the studio to make some edits.. maybe you heard the snare was too loud in the dance…or the bassline wasn’t tight enough… you know what I’m saying? In all of what I’ve just said I didn’t talk about the mastering and engineer… we’ve got Jason (at Transition) everyone cut dubplates with jason at one point. Everyone played their part! So for me when you ask me that question about DMZ in the future it’s like I was never controlling the destiny anyway… I am just thankful to have been part of something. DMZ started as a group of close friends. We had a common direction as a group and individually we had our own direction, this is life, it’s natural. So to take complete ownership of it, to me is completely misunderstanding my role in the development of DMZ, or Dubstep. It’s not about me, but about everything else. I feel very grateful and lucky to have had those experience and share those things.

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“Truth’s tune ‘Fatman’ still sends me crazy every time I play it. That’s not pretend, it’s because I love this! It doesn’t matter if a producer is just 19 years old and undiscovered or someone who’s 40 years old and established.”

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In 2017 you’ve released a Bukez Finezt ep and you’ve communicate on a future Egoless ep. Those two producers are now well established in the scene for many years but we can put them in an “Upcoming Talents” case in a way. Will we see more “Upcoming Talents” on Deep Medi’s catalog in the future ?

Mala : The way I’ve always done this… I mean the way I play and release music is the music. The music has to speak louder than everything else. After the music and in time a relationship develops with the producers. Some producers i’ve worked with for many years now.. like Dre and Tris from Truth. I met Truth in 2007 you know what I’m saying. 10 years! We’ve shared many experiences, in many countries at many shows. Amazing guys and great producers. Actually Truth is a good example cause they were making music before I met them. They were doing their thing in New Zealand.. what’s important is to be open.. open to opportunity and ready to discover new music I love. I have to love the music i play… or how else could i play it! Some tunes last a whole year on dubplate.. Truth’s tune ‘Fatman’ still sends me crazy every time I play it. That’s not pretend, it’s because I love this! It doesn’t matter if a producers is just 19 years old and undiscovered or someone who’s 40 years old and established. Its always the music. It’s like a new connection, and you begin moving forward with this new connection. Some producers i work with make so much music and different styles of music! it’s actually impossible to release all the music on the label and be “exclusive” – you have to understand producers need freedom. Different relationship always evolve, Truth are a great example again… They have their own label, they record for other labels and at the same time they fully represent Deep Medi This is a blessing, it’s all about all this good music getting out here! Some people are saying about Bukez Finezt: ” He makes tear out music”, “He made this”, “He made that!” And, yeah he has, does and can… But actually have you listened to the same of his other side…? Bukez Finezt he’s.. he’s… oh my days! Obviously you can hear his mix downs, incredible. The creatively what he’s doing is great he’s on a different world. And like Egoless he plays only live sets and he’s hands down one of the best out there right now. He’s like a dub scientist. So to answer your question, it doesn’t matter where you come from, if i feel it, i feel it and i’ll have to act.

Next question is about ‘Topper Top’, 2 rewinds tonight… maybe 3! 7 or 8 in Medi 10… So this is the question : is there a story behind this tune? What is this story?

Mala : Well I can only tell it to my point of view. If you wanna know more you’ll have to ask Spryo, Teddy Bruckshot, Killa P and Lady Chann. We were at outlook in a deep medi boat party two years ago and the medi fam were playing back to back, two tracks each… and Kahn dropped this tune and it got 4 pull ups, everyone was going mad!! I said to Kahn : ” What is that!!!?” So it’s Kahn’s fault! I thought the tune was by him, but he said it was a Spyro tune! So I tried to find a link to Spyro cause I didn’t know him and I found out that his agent works for the same agency then my agent. So I send his agent a contact in order to introduce myself and I if it was possible to have the track for cutting it. A few hours later, the track came back so I cut the dub and I’ve started playing it everywhere I could! And it’s funny because my label manager Steph, she had actually been speaking with Spyro’s booking agent for a long period of time so there was already a connection. Three weeks later we were in talks about releasing it. Spyro is a lovely guy, we’ve met each other by the music, by his music. Again, this is why I try to focus on the music.

You still cut dubs? In the same place?

Mala : Yes I do, always. And with Jason, yes. I am curious to know how different engineers work…to i’ve tried many.. a few years back I cut a dub with a mastering engineer in New York, he mastered many Hip-hop rappers albums including Jay-Z’s.. I was curious to see how he cut. It sounded great but it wasn’t cut like how we play it on sound system.

And what were the differences?

Mala : For me the main difference was the kick drum and baseline relationship. The kick was cutting through a lot more. Felt like the baseline has less drive overall as a result. I the basslines to drive.. but the kick still has got to punch through. Anyway, big up Jason Transition… dubs always sound on point!!! I’ve worked with a lot of engineers, a lot of different pressing plants, because different sound sometimes work better with different engineers.

Speaking of dub plates, there is a great thing which appeared with time on the web : it’s collection of dub plates rips. Some of yours are indredible : will you release some of your dub plates one day?

Mala : No, I probably don’t. To be honest with you I rarely listen to them anymore now.

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Retrospective 05 : Big Apple

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Salut la team ça va ? Nous aussi très bien, bonne année au fait. On voulait vous proposer un gros truc mais finalement ça suit pas du coup il fallait improviser. Le dubstep meurt à petit feu et comble de l’ironie ça fait dix ans que le Fabriclive 37 est sorti. Certains vont vous dire que c’est ce disque a enterré le genre, d’autres vont s’éclater les veines et venir vous dire à quel point les puristes sont un cancer pour la musique. Du coup : improvisation. Quoi de mieux pour remonter le moral des troupes en ce début d’année 2018 qu’une bonne remise à niveau qui met tout le monde d’accord : les origines de notre chiasse commune, le Dubstep. Et oui vous l’avez bien compris on va parler de Big Apple aujourd’hui : c’est parti, “puulll uuuuuuppppppppp” <<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<

Je pense que revenir sur Big Apple en tant que label exclusivement est une hérésie tant cela occulterait beaucoup de passages sur l’histoire du genre. À l’origine Big Apple était un magasin de disques situé à Croydon, dans le sud de Londres et qui appartenait à John Kennedy. Le magasin fut ouvert de 1992 à 2004. Kennedy était surtout actif en tant que dj de Techno et de House à l’époque de l’ouverture du magasin. Un des points les plus importants à savoir sur ce Kennedy dans notre petite histoire c’est qu’il était un bon ami d’un certain Neil Joliffe, sur qui nous reviendrons plus tard : tout ce que vous avez à savoir c’est que ce gars est derrière Tempa et surtout Ammunition qui est la grande société gérant tout ce merdier.

 

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– Hatcha –

Dans les employés de Kennedy au shop vous pouviez retrouver un certain Hatcha (le mec qui touche les boobs sur la photo là) qui était derrière le comptoir, ainsi qu’Artwork qui était un ami des deux et passaient ses journées avec eux. Le magasin vendait principalement des disques de Techno à ses débuts, néanmoins il a vite élargi son champ avec un étage entier dédié à la Jungle et au Drum & Bass : c’était à cet étage que travaillait Hijak (le frère de Skream) et DJ Bailey (qui est maintenant Dj résident sur BBC Radio 1). Autre point intéressant de ce shop : il y’ avait un studio d’enregistrement. Studio qu’Artwork a très vite rejoint pour y travailler, étant lui même producteur sous de nombreux alias (Menta, Grain). Dans les têtes connues qui trainaient beaucoup à Big Apple, vous pouviez également retrouver Benga et Skream, qui à cette époque était des gamins de 14, 15 ans. Le dernier élément à avoir vraiment impacter l’histoire Big Apple est bien entendu Benny Ill, qui avait rencontré Artwork autour de masterings de morceaux pour un producteur suisse de l’époque. Ce qu’il faut bien comprendre concernant toutes ces personnalités diverses c’est qu’ils étaient tous fans de UK Garage.

 

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– Big Apple –

Uké quoi ? Garage ? Oui, Garage. Autrement dit, l’un des courants musicaux les plus importants dans l’histoire électronique Britannique. Si vous ne savez pas ce que c’est, je vous rassure vous en avez surement écouté sans le savoir. En gros le UK Garage c’est l’une des réponses des anglais aux disques de House Américains importés dans certaines raves de l’époque. Des vieux djs comme Tuff Jam ont commencé au milieu des années 90 à créer des versions “dubs” de certains vocaux de disques de house américain (et pas que) en accélérant le tempo et en demandant à des gars de la jungle de rapper par dessus. Au bout d’un moment ce fut compliqué pour les producteurs de se procurer autant de vinyles américains en raison du prix excessif de l’importation de ceux-ci en Angleterre. C’est là que le Garage fut vraiment lancé puisque beaucoup d’anglais se mirent alors à créer leur propre “House” sur cette même base “Américaine”. Le rythme s’accélère dans le son et c’est là que les lignes de basses commencent à se gonfler. Très vite le genre commence à réellement être lancé et certaines dérives extrême du son commencent à apparaitre : comme par exemple le “Speed Garage” qui accélèrent excessivement le rythme. Le genre se saborda lui-même par ailleurs.

La suite du son se trouve dans la rythmique-même. Aux alentours de 1999 le son de divise en deux catégories distinctes : le “2-step” et le “4×4”. Le 4×4 ça désigne le tempo de base du son, directement puisé des vieux vinyles de house américain. En gros c’est comme la techno : le “kick” (grosse caisse) va faire “boom, boom, boom, boom” régulièrement (tous les temps sur une mesure 4/4 pour être précis). Le 2-step change cette rythmique en s’inspirant d’autres mouvements musicaux populaires et qu’on peut qualifier de “syncopé”. Autrement dit ça fera pas forcément “boom” à chaque temps précis. Ces styles là sont la Jungle, la Drum & Bass, le Breakbeat pour ne citer qu’eux. Revenons à notre 2-Step il fait quoi concrètement : et bien le Kick (le boom) ne vas pas frapper de manière aussi binaire le temps. Ouais c’est bizarre dit comme ça, mais en fait non :

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Le mouvement des rythmes “2-Step” fut une sorte de grand frère au “4×4”. Le premier beat 2-step fut américain par ailleurs et on peut remonter son origine à l’année 1995. Pour la petite anecdote : Craig David a fait un morceau avec Artful Dodger et c’était du UK Garage, même du 2step au niveau de la rythmique. Vous vous souvenez de ce rappeur anglais The Streets ? Spoiler : tous ces beats de l’époque c’était du Garage aussi. Je vais m’arrêter là, la liste est longue. En gros le 4×4 à la fin des années 90 se fit un peu “écraser” par le 2step, bien que certains irrésistibles nordistes persisteront avec les rythmiques 4×4, ce qui donnera bien plus tard naissance à la scène Niche qui plus tard sera rebaptisé en Bassline. Le Grime est apparu à cette même époque, dans un premier temps pour transformer le son puis pour laisser réellement le champ libre aux Mcs, mais pas de manière aussi “smooth” que dans les racines du ukg “classique”. En terme de production-même, les anglais ont su se ré-approprier correctement le genre puisque ils l’ont bourré d’effet Dub, eux même étant beaucoup influencés par cette scène déjà très présente sur le territoire. Beaucoup d’aficionados du Ukg de l’époque ont très mal vu l’émergence de toutes ces mutations du genre qui furent jugés plus sombres et violentes que leurs racines.

 

 

Pour faire court, l’histoire de Big Apple peut se résumer à ça : une bande de potes voulant continuer de transformer le garage qu’ils entendent tous les jours en quelque chose de plus sale et dégueu. Le terme “Dubstep” est apparu plus tard pour désigner de manière précise le son de toute cette frange : “Dubber les rythmes 2-step, Dub … 2-step … Dubstep !”. Notre bande de Croydon ne furent pas les seuls à produire de cette manière, d’autres avaient déjà commencé le travail comme El-B, Oris Jay ou encore Zed Bias. Au début des années 2000, notre bande était déjà dans cette optique de faire du Garage plus sombre. Je vous invite à écouter le son “Sounds Of The Future” de Menta (l’un des alias de Artwork) qui en gros intégrait des éléments un peu “techno” à la rythmique UKG ainsi qu’une ligne de basse plus costaud. Artwork parle beaucoup de l’influence qu’a eu Benny Ill sur la manière de faire le genre. Un jour Benny a débarqué au studio Big Apple pour leur faire écouter du son ” Hey les gars j’ai fait du Garage, vous voulez écouter ?” Sauf que le Garage de Benny Ill de l’époque… c’était quelque chose : et ce quelque chose n’est autre que le squelette même du mouvement Dubstep qui déferlera par la suite. La rythmique garage 2-step comporte le kick sur le mauvais temps, pleins de samples de films de série B mélangés et une ligne de basse monstrueuse inspirée de celles du mouvement reggae / dub. Hatcha fut le premier à jouer des morceaux de Horsepower Productions (le groupe de Benny Ill) dans une soirée UKG de l’époque : la FWD (autrement dit l’ancêtre des premières soirées “Dubstep” et appartenant au groupe Ammunition). Suite à ce choc dans l’univers du UKG toute notre bande s’est trouvé un entrain pour faire leurs propres morceaux de garage – “mutants”. Pour la petite anecdote, le fameux Skream alors agé de 15 ans à cette époque passaient ses journées au magasin pour voir son grand frère Hijak mais aussi surtout pour regarder Benny Ill produire ces morceaux. Benny Ill fut clairement une sorte de prédécesseurs de toute la scène, dans sa manière de produire. C’est ici que commence la discographie Big Apple…

 

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– Le comptoir Big Apple en 2004, on vous laisse regarder le prix de certains disques accrochés au mur de nos jours … –

Il fallait un premier espace pour diffuser ces expérimentations : Big Apple Records est ainsi né. Le premier ep est signé Artwork avec 4 morceaux qui sont désormais cultes. “Red” vous restera dans la tête à chaque écoute que vous lui accorderez, et chose incroyable c’est le groove de tous les éléments du son qui vous restera et pas que certains éléments comme le synthé, la basse ou la rythmique. La deuxième sortie voit l’arrivée officielle de Benga avec “Skank” et “Dose”, deux morceaux dont la rythmique frôle entre grime et garage mais dont la froideur est sans pareille. Quand on sait qu’il n’avait que 16 ans au moment de la sortie du vinyle, on comprend mieux la carrière qui l’a suivi juste après. La troisième viendra greffer Skream aux productions de Benga et c’est peut-être ici l’un des disques les plus importants du genre. “The Judgement” fut une claque monumentale pour beaucoup de monde. En effet tout est maitrisé de bout en bout : le sample d’O’Brother avec ses fameux chants de la scène du Ku Klux Klan, le roulement du beat précis qui rebondit à merveille avec les différents effets associés à la basse qui sonne entre dub et grime de l’époque. Ce mélange judicieux a posé les bases du genre, rejoignant celles établies par Benny Ill. D’ailleurs Skream passaient beaucoup de temps avec Benny durant son adolescence, temps durant lequel il a pu apprendre énormément en production : souvenez-vous Benny est ingénieur du son, de base. Suite à leur rencontre avec Benga, les rumeurs disent qu’ils passaient des heures à se faire écouter leur morceaux au téléphone tous les soirs en se donnant des conseils.

En 2004 le label sort un ep entier dédié à Digital Mystikz. Il est intéressant de noter ici que Mala et Coki produisaient déjà avant de rencontrer la team de Big Apple. Il me semble que Mala avait rencontré Hatcha suite à une rave et lui avait fait écouter leurs démos. Les 4 morceaux de l’ep sont ceux que Mala avait fait écouter à Hatcha dans sa bagnole suite à leur rencontre. Cet ep de 2004 est à ce jour un des plus violents de DMZ pour ma part, je trouve certains subs vraiment tranchants dans celui-ci que je ne retrouve plus ailleurs dans les sonorités DMZ. Les bases du son DMZ sont déjà là et on retrouve ce qui m’a toujours fasciné chez eux : l’usage de samples ou de textures vraiment travaillée et exploitées. Même si c’est deux notes, un bruit bizarre ou une trompette cassé ils arrivent toujours à le mettre en avant dans le son et en combinant parfaitement le reste de la rythmique pour le rendre hypnotique. Toujours en 2004 c’est un autre ep de notre duo phare “Skream/Benga” qui sort et continue de nous proposer leurs expérimentations garage-grimey-duby mutants. Je fais court sur cet ep car la même année est sorti le monstrueux “Jungle Infiltrator” d’un certain Loefah, qui faisait déjà parti de DMZ. On retrouve ici la formule magique qui fera de DMZ et de Loefah des légendes du genre. Cette formule à mon sens c’est le minimalisme, surtout pour Loefah qui fut le meilleur la dedans. “Jungle Infiltrator” est incroyable dans sa tension, mais j’ai toujours préféré “Life Dub” qui n’a quasiment aucune mélodie et ne joue que sur un rapport entre subs foudroyants et samples mystérieux. En 2006 c’est sans son collègue de toujours que Skream balance “Acid People”. Le morceau titre de l’ep est une boucle Dark Garage comme on en fait plus de nos jours. Et spoiler : “Who R Those Guys” est peut-être l’un des meilleurs morceaux de l’histoire. L’aventure Big Apple se terminera sur un ep de Coki dont les mots me manquent tant il est fabuleux. Pour la faire court, le brostep vient de là, ta chiasse de riddim aussi, et ton edm de merde également. Sans Coki vous ne seriez rien, et vous n’êtes rien.

Le catalogue s’arrêtera là en 2006 pour des raisons inconnues même si nous pouvons supposer sans trop se mouiller qu’il y’ a un lien avec l’arrêt du magasin, et le fait que toutes les structures propices au développement du genre étaient toutes déjà en place : comme Tempa ou DMZ Records par exemple. De nos jours beaucoup de ces légendes ont tournées le dos au genre : Skream ou Artwork qui sont dans la house maintenant. Hatcha qui n’en finit plus avec ses sonorités brostep et son label avec une direction artistique plus qu’étrange. Les rumeurs disent que Loefah demande un cachet supplémentaire si tu veux le voir jouer Dubstep maintenant. Ah ouais y’a eu Magnetic Man aussi … mais ça on va pas en parler. Mieux ne vaut jamais en parler. Mala persiste et signe, continuant dans sa vision “Soundsystem” de l’aventure avec Deep Medi, même si la qualité du catalogue commence à faiblir malgré la récente signature d’Egoless. Mais tout n’est pas perdu. À l’occasion de sa résidence au XOYO un club Londonien, Artwork vient d’annoncer récemment en Mars une soirée spéciale “Big Apple Réunion” avec des invités mystères et placée sous le signe du Dubstep. Y’a t’il des chances de revoir Skream balancer un énorme “Lemon” ? On croise les doigts les gars…

 

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– Le duo infernal : Skream / Benga –

 

Tracklist Rétrospective
• BAM001 – Artwork – Rank
• BAM002 – Benga – Dose
• BAM003 – Skream & Benga – The Judgement
• BAM004 – Digital Mystikz – Pathways
• BAM005 – Benga – Walkin Bass
• BAM006 – Loefah – Jungle Infiltrator
• BAM007 – Skream – Who R Those Guys
• BAM008 – Benga – Middle Man
• BAM009 – Coki – The Sign

La Minute Thierry : LE ou LA Dub ?

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C’est sans aucun ménagement que je mets les pieds dans le plat. Personne ne sera épargné : de l’aficionado-collant-au-consensus à l’inculte -commettant- l’impardonnable en passant par ceux qui ne savent pas trop où ils se situent. Par « LE ou LA » je n’évoque bien sur pas “réglisse”, ni “silicone”, encore moins “wifi” et surtout pas “MDMA”. Dub sera au centre de ce dossier qui vient ici clarifier certains points, mais aussi instruire, distraire ou détruire. Pour n’inciter personne dans cet article, je parlerai de ‘Dub’ comme d’un ‘Homme’ avec un grand ‘H’. Dub peut être le nom de votre meilleur pote ou de votre petite amie. Dub à une histoire, une origine, un esprit et une philosophie. Mais, à l’heure où l’on admet que des hommes naissent dans des corps de femmes et vice versa, Dub à t’il/elle un genre bien défini ?

_____________  I – L’histoire de Dub

Dub voit le jour aux alentours de 1967 en Jamaïque, il est vraisemblablement le fruit d’un accident … Rudy Redwood du sound-system ‘Supreme Ruler of Sound’, diffusa dans un dance-hall une version sans vocal d’un titre des Paragons, parus sur le label ‘Treasure Island’. Le responsable de cette galette piégée n’est autre que King Tubby. L’engouement étant au rendez-vous, dès 1971 on se met à presser sur les face B, des versions instrumentales agrémentées de beaucoup d’effets, orientant l’attention des auditeurs sur l’inséparable couple batterie/basse. À l’aube des années 80, Dub et Reggae inondent le paysage audio mondial. En bon franchouillard, je ne peux m’empêcher de rappeler la reprise polémique de la marseillaise par Serge Gainsbourg en reggae, dubbée par la suite. Mais revenons à nos moutons et à leur dreadlocks. C’est quoi Dub ?

_____________  II – Agent Dub

Les origines du termes dub restent floues. Celle que je retiens de mes recherches, qui fait selon moi le plus sens, est celle de la contraction de « double ». C’est la version qui vient après la version originelle. D’autres explications sont énoncées par Wikipedia et autre, autour des termes « dubbing », procédé consistant à transférer un format d’un support sur un autre, ou encore « dubplate », disque acétate produit avant le pressage final en vinyle. J’imagine que définir l’origine de Dub revient à devoir décider qui, de l’œuf ou la poule, était là le premier…

_____________ III – “LE” ?

Maintenant que les bases sont posées, que tout le monde est bien installé, on peut mettre les mains dans le cambouis. Premièrement allons voir du côté des « autorités compétentes en matière de savoir ».

Wikipedia :

-Ave, Wikipedia, sage parmi les sages, qu’as tu à m’apprendre sur Dub ?

-La même chose que tu a dis quelques lignes plus haut.

-Oui mais LE ou LA ?

-LE !

Très bien, mais mes professeurs m’ont toujours conseiller de me méfier de Wikipedia ! Voyons voir du côté des dictionnaires francophones en ligne …

Larousse :

nom masculin

(anglais to dub, doubler un film)

  • Style de reggae entièrement basé sur les truquages électroniques et les effets de chambre d’écho.

Attend …. t’as dit que Dub c’est un trucage ? Mais pour qui tu te prend Larousse ! Jamais je ne donnerais de crédit à quelqu’un qui se permet de fustiger de la sorte ce genre si cher à mes oreilles, suivant !

L’internaute :

dub , nom masculin

  • Sens 1MusiqueGenre musical. Le dub est proche du reggae. Il reprend les mêmes rythmes et mélodies, mais utilise des effets de chambre d’écho et des truquages électroniques. Exemple : Son adolescent n’écoute que du dub.

Ouais alors toi, t’as tout copié sur ton petit copain en rajoutant des mots, tu seras privé de récré. Et son ado, il écoute ce qui lui plaît, fous lui la paix et estime toi heureux, il pourrait écouter Jul en méditant sur la profondeur de ses textes et en t’expliquant à quel point c’est un artiste subversif !

Le Robert :

PAYANT ? Payer pour un service de qualité ? Et puis quoi encore, on est en 2017 coco !

Le dictionnaire.com :

Pas de définition. Quoi ? t’as peur ? Pas très concluant ce premier tour d’horizon, et étonnant même qu’un terme qui à environ 40ans d’existence n’ait toujours pas sa place dans le dico. Disons 3-0 pour le « LE » (et je suis bon joueur). Juste par curiosité je vais aller voir du côté des traducteurs anglais/français.

Reverso :

Je vous la fait courte, Reverso ne définit à aucun moment Dub comme un nom mais comme un verbe transitif : “To dub something”. Dois-je comprendre que même pour une plateforme anglophile, Dub n’est pas définit ? Ça ne m’arrange pas tout ça…

Larousse Traduction :

Mince alors, même combat. Verbe transitif et aucune définition qui parle d’écho et de trucages. Dirigeons nous vers des dictionnaires anglophones histoire de creuser encore un peu plus loin.

Fine Dictionnary :

Saperlipopette, je tombe nez à nez avec une ribambelle de définitions du mot Dub, tirées de plein de dictionnaires anglais différents, noms ou verbes. Ça y est je vais enfin être fixé … Génial ça veut aussi dire adouber, et ça veut dire flaque aussi et … Pas de dub en temps que genre musical. Oh stupeur ! Là non plus pas de définition. Tant pis. Mais qu’est ce que je pensais trouver ? J’avais évidement omis que l’anglais, de par sa conception, ne prend pas en compte le genre. Oui, mais si l’anglais n’as pas de genre, Dub n’a pas de genre ? Mais alors je fait comment pour placer Dub dans une phrase en français ? Les sites et communautés Dub présentes sur internet utilisent toutes LE, ça devient angoissant… Une seule solution ! Se tourner vers la seule autorité à même de décider du genre d’un mot dans la langue de Molière, je veut bien entendu parler de L’Académie Française !

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– La capture d’écran c’est cadeau ! –

Voici le tournant de cette recherche, le mot n’est pas référencé dans la base de donnée de l’académie française. Cela dit je vois assez mal un académicien balancer une galette dub lors d’une de leur réunion et dire « très cher confrères, féminin ou masculin ? », mais je divague. Après ces recherches, force est de constater que Dub n’est donc pas un mot appartenant au vaste univers de la sacro-sainte langue française.

_____________  IV – “LA” ?

Je suis tiraillé, je ne peux pas laisser notre bon vieux Dub dans cet état. J’en suis au stade de ma recherche où je constate avec effroi que Dub n’a pas de genre. J’aimerais dire « LE » et rentrer dans le troupeau des chiens de garde, qui disent « c’est pas LA c’est LE » au type qui participe à sa première soirée Dub et qui déclare, avec un enthousiasme exacerbé par la basse : « J’adore la dub ! ». La tentation est grande mais comme j’aime bien la philo (masturbation intellectuelle), je préfère poursuivre mon raisonnement. Le dub c’est tout un tas de chose : la fraternité me viendrait en premier, la transmission de la Dub culture, la danse aussi mais je crois qu’il y a aussi la dissidence, vrai ? N’entend-t-on pas à longueur de morceaux des messages comme « Burn Down Babylon » ou « Free Your Mind » ? Je me positionne donc en « Dub-dissident ». Qui a décidé et imposé que ce serait LE dub ? Suis-je le seul à préférer le voir avec le genre féminin ? Cette Dub qui m’enveloppe par ses basses, et qui, à peine je ferme les yeux, me transporte bien loin de ma condition, celle-la même qui, par ses échos et « trucages » ouvre mon esprit et me catapulte dans un état de trance méditative ; plutôt que ce dub qui perce mes tympans, ce steppa qui par sa violence me ramène presque au stade animal, à m’agripper au stack afin de pouvoir secouer ma tête encore plus fort. À ce stade on pourrait presque dire que le genre de Dub dépend du morceau en train de tourner sur le sound system. Bien sur on peut ramener ça à tous les genres musicaux récents (et oui je pense directement à toi “dubstep”) mais pourquoi pas ? Remettre en question l’ordre établi c’est exister idéologiquement.

_____________  V – Dub Conclusion

La conclusion à cette tribulation verbale futile au sein de la langue française ne fera pas avancer le schmilblick, certes, mais elle est la pour titiller les partisans du LE dans leurs certitudes et soutenir les partisans du LA, rebelles devant la pression sociale. Ici pas de gagnants ni de perdants, on aime tous ce style et c’est sans doute pour ça que vous êtes là, devant votre écran à lire cet article fumeux sur un sujet sans importance. Plus généralement, ne laissez personne vous dicter ce que vous devez dire, faire, penser, consommer. Soyez dissidents et pensez à remettre systématiquement en cause les choses qui vous paraissent illégitimes. Dub c’est bien plus qu’un « genre musical » ou un style de « reggae ». Alors la prochaine fois que vous parlerez dub, ce sera LE ou LA ?

BONUS : LE OU LA MDMA ? Méthylènedioxy-méthamphétamine : c’est le nom complet. Et c’est une amphétamine, donc c’est féminin. Ne vous droguez pas, ça fait des trous dans la tête.

Rétrospective 04 : Skull Disco

- Klave -

– Klave –

Derrière Skull Disco se cache Appleblim et Shackleton, deux amis de longue date qui comme beaucoup d’acteurs de la scène se retrouvaient dans la petite cave mal éclairée du Plastic People pour les soirées FWD>> organisées par le crew Ammunition. Pour cet épisode, retour à Bristol pour l’un des labels les plus singuliers du mouvement.

Musicien depuis de nombreuses années, c’est en 2003 que Shackleton commence à produire sur son ordinateur. Ce fan de Post-Punk mélange les atmosphères et les genres sans jamais se poser de contraintes et son premier titre Stalker en est la meilleure preuve : sortie en 2004 sur Mordant Music, le titre est à mi chemin entre Grime, Breakbeat, Dub et musique expérimentale. Quelques mois plus tard le titre est sélectionné par Rough Trade (gros label anglais connu notamment pour sa boutique de disques à Londres) dans leurs titres préférés de l’année et l’artiste se rend compte qu’il existe un public pour ce style de musique.

En 2005, au retour d’un concert organisé par Appleblim, les deux artistes finissent la soirée ensemble pour se partager les sons sur lesquels ils ont récemment travaillés. Motivés par le récent succès de Shackleton et leur envie d’apporter leur contribution au mouvement FWD>>, Skull Disco voit le jour avec un premier vinyle (12′)’.

- Zeke Clough -

D’un côté Shackleton finance le projet et de l’autre Appleblim qui sort tout juste d’études de technicien du son s’occupe de la promotion. S’en suivra rapidement des soirées du même nom organisées à Londres avec un succès relatif. La partie graphique est assurée par Zeke Clough, un ami d’enfance de Shackleton qui travaillait déjà avec lui quand il s’occupait d’un fanzine de punk de nombreuses années plus tôt. Il ne fait aucun doute que son coup de crayon si particulier a contribué au succès du label.

A partir de là, Skull Disco gagne progressivement en notoriété et les sorties s’enchainent. Jusqu’en 2008, 10 vinyles seront pressés et des artistes tels que GateKeeper, Peverelist, Ramadanman ou Geiom viendront apporter leur touche via des remixes ou des collaborations. Progressivement les titres se rapprocheront des 140 bpm tout simplement pour pouvoir être joués par leurs pairs mais ne perdront jamais le style si particulier de leurs premières années.

L’aventure s’arrête finalement pour raisons personnelles et divergences de point de vue entre les deux artistes. Ils en profiteront pour réunir tout les titres sur deux albums d’une qualité exceptionnelle et d’une cohérence rare pour une compilation.

A la suite de cela, Shackleton et Appleblim prendront des chemins différents et signeront sur de nombreux labels – Hotflush, Crosstown Rebels, Immerse Records, Berkane Sol et j’en passe – avant de monter le leur : Appleblim monte Apple Pips en 2008 et Shackleton monte Woe To The Septic Heart! En 2010.

D’une influence certaine pour des labels tels que Hemlock, Hessle audio ou Osiris Musik UK, Skull Disco aura su marquer le début du mouvement Dubstep avant même qu’on lui attribue un nom. Comme toujours nous vous avons préparé un petit mix de nos chansons favorites du label, à retrouver juste après.

Tracklist :

  • Shackleton – Blood On My Hands
  • Shackleton – Tin Foil Sky
  • Shackleton – New Dawn
  • Shackleton – Short Wave
  • Appleblim & Peverelist – Circling
  • Shackleton – Short Wave (Pole Remix)
  • Shackleton – You Bring Me Down
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– Klave –

Interview : Sound Unknown [ Unity Through Sound ] [FR & ENG]

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FR / ENG

J’en ai longuement parlé dans mes dernières chroniques mais je ne lâcherai pas le morceau : Unity Through Sound le label de l’anglais Sound Unknown – aka Darren Underhill – est une putain de réussite. Et on en est qu’à deux sorties : la troisième arrive fin Juillet. J’ai encore du mal à me remettre des deux premières signées Headland et Chad Dubz, deux nouveaux talents plus que prometteurs pour la scène. J’ai donc commencé à me renseigner sur le label et les infos sont encore maigres sur le net à l’heure actuelle. Du coup, on a contacté directement Darren en lui proposant cette interview. Et quoi de mieux que lui pour nous parler de toute la culture du Dubplate qu’il s’évertue à respecter dans sa vision de la musique. Encore merci à lui pour sa rapidité et son efficacité. L’article est disponible en version Française et en version originale Anglaise, ci-dessous. Bonne lecture !

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Alors première question : Comment as-tu découvert le Dubstep ?

J’ai découvert le dubstep en 2007. Le premier truc que j’ai entendu fut le Fabric Live 37 de Caspa et Rusko. Je me suis mis à creuser le genre vu que je venais de la Drum & Bass et du Garage depuis tout petit. Tempa et Dub Police furent les premiers labels à vraiment capter mon attention avant de découvrir DMZ, Deep Medi et Tectonic. Tout est parti de là  !

Tu peux nous en dire plus sur Dubstudio ? J’ai cru comprendre que tu y travaillais ? Comment t’as découvert ce studio ?

Non, je ne travaille pas à Dubstudio je suis juste un client. J’ai commencé à graver des dubplates avec Henry en 2012. J’ai découvert le studio par le biais d’un ami qui m’a assuré qu’ils pressaient de très bons vinyles. J’adore l’odeur de l’acétate frais d’un vinyle, j’adore le bruit que cela fait quand je le pose sur la platine et surtout le crépitement une fois le diamant calé. Partant de là, il y’a un rapport assez spécial avec l’objet qui se crée, surtout pour un dubplate qui est pour moi plus précieux qu’un vinyle. Même si tu ne presse pas ta propre musique sur des dubplates, il y’ a une certaine excitation à presser des dubs d’autres personnes et surtout de posséder des sons uniques et neufs.

Si tu devais expliquer à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler  : c’est quoi un dubplate  ? Quelle est la différence avec un vinyle normal ?

De base, un dubplate est un disque en acétate vernis. Ces disques sont ensuite envoyés aux personnes qui s’occupent du mastering pour le presser. Les dubplates vont servir de tests sons avant de presser le vinyle, et bien avant de commencer la production à plus grande échelle. Le processus commence avec toi qui envoie ton morceau à l’ingénieur son qui va lui apporter la touche finale avant qu’il ne passe à travers la machine qui va graver les vibrations sur le disque. Comme tu le sais surement déjà  : sur certains vinyles, l’intro’ est très légère mais plus le morceau avance et plus le sillon devient large et profond car les basses fréquences prennent plus de place que les aigus. Le poids moyen d’un vinyle standard est d’environ 180 grammes mais un acétate pèse plus de 220 grammes ce qui peut faire un peu lourd dans ton sac quand il n’est rempli que de dubplates  !

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– Gravure d’un Dubplate –

C’est quoi qui t’a motivé à faire ton propre label ? C’est quoi tes projets pour la suite ?

J’ai commencé à recevoir des dubs de beaucoup de producteurs dont certains où je sentais qu’il fallait les graver en dubplate. Les commandes à Dubstudio ont progressivement augmentées  : passant de 2 à 3 au début à 10 parfois en un coup. Plus l’investissement financier augmentait et plus je me disais qu’il fallait trouver un nouveau destin à tous ces dubs. Après avoir réfléchi longuement j’ai décidé de lancer mon propre label, non pas dans le but de promouvoir ma musique, mais plus pour mettre en avant de nouveaux talents. J’aimerais beaucoup que mon label devienne un endroit où les producteurs obtiennent la reconnaissance qu’ils méritent et qu’ils puissent avoir accès à d’autres labels encore plus gros qui pourront leurs proposer des choses plus intéressantes.

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– facebook.com/unitythroughsounduk –

Chaque sortie de Unity Through Sounds est pressée à 300 exemplaires. Et toutes sont épuisées à l’heure actuelle. Pourquoi  300 ? Est-ce que la quantité changera un jour ?

Effectivement le label presse 300 exemplaires à chaque sortie. J’en suis encore au début alors je n’ai pas envie d’augmenter la cadence à 500 ou 1000 copies d’un coup, ça ne serait pas logique. Si la demande augmente avec le temps, bien sur que j’augmenterai le nombre mais pour l’instant je suis satisfait de notre rythme.

C’est toi qui t’occupe de presser les vinyles de ton label ? Ca prends combien de temps de sortir un disque de UTS  ?

Non je ne presse pas mes vinyles. Je travaille avec une société appellée Well Tempered qui s’occupe de tout ce qui est mastering et pressage. Quand à la distribution des vinyles elle se fait via Unearthed. Généralement une sortie (du mastering au pressing final) peut prendre jusqu’à 11 semaines, parfois moins, parfois plus. J’aime bien l’idée de sortir un vinyle tous les 3 mois, même si ça ne se déroule pas toujours comme prévu  !

Tu reçois beaucoup de démos ? T’as des critères précis quand tu te décides à sortir un vinyle ?

Oui je reçois beaucoup de démos et j’encourage tous les producteurs à m’envoyer leur musique, quelque style que ce soit. J’essaye de repérer de nouveaux producteurs à travers Soundcloud ou les réseaux sociaux. Parfois je découvre des artistes et des morceaux dans des mixs, mais la plupart du temps je fouille moi-même. C’est très important pour moi de suivre l’actualité à travers ces médias. Les artistes peuvent m’envoyer leurs morceaux à Dubs4unity@gmail.com et les genres recherchés sont Dubstep, Reggae et Dub. N’importe quel son avec un bon beat et quelque chose qui fera chauffer l’ampli du Sound System. Tout ce qui va de 120 à 170bpm.

Verra t’on des sorties de ton alias Sound Unknown sur le label ?

Haha, On me pose souvent cette question. Bien sur, mais pour le moment j’essaye de me concentrer sur la promotion d’autres artistes. Je suis sincèrement reconnaissant du retour que mes sorties ont eu jusqu’à présent. À l’heure actuelle je préfère ne pas sortir ma propre musique sur le label mais je n’hésiterais pas quand je sentirai que ce sera le bon moment  !

Tu as sorti un mix récemment avec Signal Fire sur la radio Anglaise. Et il est plutôt chouette, ça serait vraiment bien de voir une soirée à l’effigie de ton label et de tes artistes, non ?

Bien sur  ! J’espère pouvoir organiser une soirée Unity Through Sounds d’ici la fin de l’année : de bons artistes, un bon soundsystem et jouer des dubplates toute la nuit. Je ne peux pas te donner une date précise mais ça ne devrait pas tarder.

Le seul moyen de se procurer ta musique c’est d’acheter les vinyles, tu ne proposes aucun format numérique pour les morceaux du label, pourquoi ?

C’est un choix volontaire de garder ma musique exclusivement sur vinyle, je suis un grand collectionneur depuis très longtemps. À chaque fois que je grave un dubplate c’est un 10 pouces (c’est pour ça que j’adore les vinyles de Box Clever, d’ailleurs.) Je veux faire en sorte que mon label transmette cet aspect de la culture du dubplate, dans le sens ou tu n’as pas de fichiers digitaux et le nombre d’exemplaire est limité.

C’est quoi que tu nous recommanderai comme artistes à surveiller en 2017 ?

Ah  ! Difficile à répondre tellement la liste est longue, surtout en ce moment. Je commencerai par citer Akcept et Headland, deux bons copains à moi qui sont en train de tout casser en ce moment. Hebbe est en train de sérieusement se faire remarquer et c’est logique vu ses monstrueuses connaissances en production. Je suis également un grand fan du son de Causa depuis très longtemps. Quand à ceux qui méritent vraiment de s’y intéresser, je citerai Teffa, ses derniers beats sont mortels, Sibla également. J’ai découvert Mr K via son ep sur Version Collective récemment, et c’est vraiment lourd si vous voulez mon avis là dessus. Si vous êtes plus dans le délire Dub Techno, gardez un œil sur Another Channel. Il y’a aussi DE-TU, un duo de Bristol qui a récemment sorti un ep sur Green King Cuts, Dubdiggerz, Chad Dubz, Tetrad, Zygos … Je pourrais continuer pendant des jours à tout citer. Je respecte aussi énormément Otz, Dalek One et Aki qui font des beats d’enfers. Mes excuses à ceux que j’oublie de citer, mais il y’a trop de nouveaux talents qui produisent du dubstep en ce moment. C’est vraiment rafraichissant d’entendre tout ça et c’est très bénéfique au genre car ça le fait durer dans le temps.

T’aurais des conseils à ceux qui veulent lancer leur label  ?

La Passion  ! C’est le moteur d’un bon label  : de la passion pour ce que tu fais et surtout pour le son que tu sors. La patience est un bon outil aussi car les choses peuvent vite devenir stressantes quand elles ne sont pas prévues. Le plus important est de s’accrocher à tes objectifs, tes rêves et à ce que tu veux accomplir avec le label. Ne pas se laisser abattre. Les artistes doivent toujours rester ta priorité étant donné que au bout du compte, c’est de leur musique qu’il s’agit. Même s’il ne faut pas se concentrer entièrement là dessus. Si tu le peux, donne leur régulièrement des conseils sur leurs productions et leurs mixs. Et dernier conseil : le label peut te prendre pas mal de temps libre, fais en sorte d’en avoir assez  ! Après peut-être que c’est moi qui prend ça trop à cœur …

C’est tout pour nous, encore merci d’avoir accepté de répondre à nos questions, Si tu as quelque chose à rajouter  c’est maintenant !

Avec plaisir ! J’aimerais juste remercier tout ceux et celles qui ont soutenus le label et le mouvement jusqu’à présent. Et surtout encore merci aux artistes qui m’ont fait confiance pour sortir leur musique sur mon label  !



As I wrote it many times : we love Unity Through Sound, the Sound Unknown’s label – aka Darren Underhill. Music made with passion and influenced by the whole dubplate culture. Unity 001 (Headland) and 002 (Chad Dubz) are some serious pieces of contemporary quality dubstep music. It was time to write about it but it is impossible to know more about it online yet. I’ve decided to ask directly to the man behind this, and he said “Yes” ! And he has a lot of things to share ! Thanks again to him for his kindness and reactivity, big respect Darren ! Questions were asked by email at the end of June. This is the original version of the interview, have fun people and go support the label, totally worth it !  

First of all : how did you discover the Dubstep culture ? The genre has evolved since the beginning. What do you think about the revival of the dub/roots influences in the sound?

It was back in 2007 when I first discovered Dubstep. The ‘Caspa & Rusko Fabriclive 37’ album was the first thing I heard. I started researching into the genre more as I was a Garage and Drum & Bass kid. Tempa and Dub Police were among the first labels I took real interest in then I started discovering dmz, Deep Medi and Tectonic. From there I was officially hooked.

Can you tell us more about Dubstudio? I’m not sure but it seems that you’ve been working at Dubstudio with Henry, is this true ? How did you get in touch with this studio ?

No no, I’m not working at Dubstudio, I began cutting dubplates with Henry in 2012. A friend pointed me in Henry’s direction telling me they cut great plates you shouldgive them a try. I loved the smell when you’d open a fresh acetate and the ‘Clunk’noise it made when dropping it on the deck and the crisp crackle after dropping the needle on the intro. From then on there was something about a dubplate that was alittle more special then something on vinyl, even if you’re not cutting your own music but cutting other peoples dubs, it’s that excitement of having fresh dubs I guess.

If you have to explain to someone who has never heard of it, what is a dubplate? Can you tell us a little bit more about the process of making a dubplate? What is the main difference between this and a normal plate ?

Yeah, so basically a dubplate is a lacquered acetate master disc, these are sent to mastering engineers who will use them to cut your dubs. The lacquered discs intended use is for cutting the mastered track to for sound testing before sending off for production. Some discs can be rejects with an additional off centred hole drilled into the plate. Dubplate cutting process all begins with you sending your pre-master to the engineer which he will master the track then have the master play through the cutting head which is etching vibration grooves into the plate, as you may see on some plates the intro is really light but as the tune drops the grooves become wider and darker as the low end frequencies take up a lot of room. The average weight of a normal plate is 180g but an Acetate is 220g which is much more heavier and Imagen artists carting their fully loaded bag of dubplates around with them.

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– Dubplate Cutting –

What inspired you to launch your own label? What is the goal of it? And what is the future of UTS?

I started receiving a lot of new dubs from a lot of producers in which some of them I felt I wanted to cut to dubplate, orders for dubplates at Dubstudio started going from small amounts of 2 or 3 to ordering 10 dubplates at a time and I felt I was investing so much money into these dubplates that I wanted to pursue a different path with these dubs. After thinking long and hard about it I decided to come with my own label as I felt more in the sense of achievement by promoting new or existing talent than I did my own music. I’d love to think that my label is giving a pathway to the producers who release through my label the recognition they deserve and also being picked up by bigger labels who can certainly push them onto bigger things.

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– facebook.com/unitythroughsounduk –

Each release of Unity Through Sound are pressing 300 copies. Why 300 ? Will this number change one day ?

Yeah course, the label is pressing 300 units at the moment as it’s only just the beginning and I certainly didn’t want to jump in over my head by pressing 500 – 1,000 copies straight away. Hopefully in the future if the label becomes widely recognised then I would certainly consider pushing for more units, for now I’m happy keeping things small and limited.

Is it you who’s pressing each release of Unity Through Sound? How long does it take you to release a vinyl?

No, so basically I work with a company called Well Tempered who I will approach for a release and they will sort out everything for me, for e.g. mastering and pressings and the distribution is done through the guys at Unearthed. Generally a release from mastering stage to final pressings can usually take up to 11 weeks maybe sooner if things are running smoother and turnaround times are quicker at MPO. I tend to like to get a release out each quarter so every 3 months but sometimes it may not work out like that.

Are you receiving a lot of music/demo? Is there any criteria for music you receive and you want to release?

Yeah the label does receive demo’s and producers are more than welcome to send music to the label as all music is heard of course. I do tend to headhunt producers though through links on social media or through Soundcloud. There has been occasions where I have come across tracks or artist’s in mixes. So It is majorly important for me to keep on top of what people are doing and posting online. If artist’s do wish to send music the link is dubs4unity@gmail.com and the general taste is Dubstep, Roots, Reggae, Dub. Anything with a good catchy beat and something that’s certainly going to work the amplifier on the old sound system. Yeah I am genuinely open to all sounds between 120 to 170bpm really.

Can we expect some music from Sound Unknown on UTS?

Haha, I do get asked this quite a lot. Of course yeah, but for now I’m focusing a lot on other artists and pushing their sound on vinyl and I’m genuinely overwhelmed with the response to the release’s so far. When I feel the time is right to release my own music on my label I will but yeah this label is more about other artists than my own productions for now.

You’ve done a pretty good mix recently for the Signalfire takeover on BBC radio Bristol, can we expect to see some UTS nights in the future? Yeah for sure, plans for a label night I am hoping to put into action at the end of the year. I couldn’t give an exact time frame as to when the night will be just yet but definitely soon. Get together some good artist’s and a good sound system and play some dubplates all night.

It’s impossible to find digital tunes of your label, why did you choose to release only physical format on UTS?

I wanted to keep things limited and exclusive as possible to vinyl, I’m a big record collector and have been for years. Each time I have a dubplate cut I always have a 10” plate cut, so I think my label kind of resembles that aspect of dubplate culture really as the digital files are not available and the release has only a limited amount. I used to love the Box Clever releases on 10” too.

Who are the brand new artists you would recommend for the last part of 2017  ? 

Ah! This is a hard one cause there is so many artist’s doing it at the moment. For the artist’s id say are smashing it at the moment are certainly Akcept and Headland two good mates of mine, Hebbe is seriously climbing the ranks in terms of attention, his music production skills are unreal. I have been feeling Causa‘s music for a long time too. For those I’d really like to bring attention to are Teffa his beats are really coming together just lately, Sibla is also doing some real nice bits. Mr K who I only recently discovered a few months ago after his release on Version Collective which was pretty heavy if you ask me. Another Channel is one to keep on eye on with the more Dub Tech stuff. DE-TU for sure Bristol based duo recently released on GKC (Green King Cuts), DubdiggerzChad DubzTetradZygos. My list could go on for days. Those I feel deserve a lot more recognition are OtzDalek One, Aki – he’s producing some killer beats. Apologies if I missed anyone out but yeah there are so many up coming talented producers coming into dubstep it’s so fresh to hear new ideas which empowers the sound to thrive.

Do you have any advice for the people who would like to launch their own label?

Passion!! A label is ran on passion, passion for what you’re doing and passion for the sound you’re releasing. Patience is another key thing, things can get pretty stressful if they’re not going according to plan. Main thing is to work at it stick to your goals and dreams and what you set out to achieve with the label. Push through the hard times. Artist’s should always be put first as it is their music you’re releasing at the end of the day, you should also believe in the artist’s you are trying to push and not only release his/her music but try and better them too, give them advice on their music or their mixes if so. Make sure you have plenty of time on your hands too as sometimes the label can eat up quite a bit of your free time, or that may just be me putting too much attention in haha.

That’s all for us, a huge thanks for taking time to answer these questions. We’re waiting each new release with great excitement here! Do you have anything to add or say?

You’re welcome, I’d just like to say a huge thank you to each and everyone that has supported the label and the movements right from the get go to now and to all the artist’s on the label for believing in me to push their music.

 

Rétrospective 03 : Argon Records

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Argon Records // War Series // Nick Argon //

Dans cette série de dossiers, nous allons nous intéresser à ces labels qui ont fait l’histoire des basses fréquences (ou dubstep si tu préfères). Certains sont encore en activité et continuent à faire évoluer le genre mais d’autres, en revanche prennent la poussière. On vous propose ici de se re pencher sur l’histoire de ces morceaux qui ne méritent qu’à être re écouté. Vous trouverez à chaque dossier un mini-mix réalisé par nos soins et proposant une sélection  propre à chaque label. En espérant vous donner envie de découvrir ou redécouvrir ces galettes : “Pull uuuuuuup…” <<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<

Pour ce troisième numéro, nous allons nous intéresser à Argon Records, un label américain créé par Nick Argon, puis à War Series : pour qui le passé est plus trouble …

Argon et son sous-label Xenon trouvent leurs origines à San Francisco en 1990 ; à l’époque ils sortent des vinyles Drum&Bass de manière sporadique jusqu’en 2003. Après une pause de quelques années Nick Argon découvre le dubstep via son frère et un ami d’enfance que l’on connaît sous le nom de Matty G, c’est le début d’une belle aventure pour Argon.

Ce changement de cap brutal s’effectue en 2006, une période où le Dubstep connaît alors son âge d’or en terme de créativité ( premier album de Skream, Anti War Dub de DMZ, Dubstep Warz sur BBC Radio 1, … ), néanmoins les artistes phares de l’époque
( Vex’d, Loefah, Kode9, … ) sont tous anglais et se connaissent tous, c’est donc une vague d’air pur qu’apporte Nick Argon au Dubstep en donnant leur chance à des artistes américains tels que Matty G, Uncle Sam, Babylon System, Noah D, etc qui pour la plupart signent leur première release et apportent avec eux une nouvelle vision du genre remplie d’influences Reggae, Dub, Ambient et Hip-Hop.

La réussite du label tient également au fait que le dubstep commence lentement à arriver aux USA mais que les Dj se font encore attendre ! En effet si à New York les soirées Dub War peuvent se permettre de ramener les plus gros noms de la scène directement d’Angleterre, de l’autre côté du pays les soirées SMOG sont face à un problème de taille : le public est présent mais il n’y a personne à faire jouer.

Matty G et Nick Argon – qui est également un Dj de talent – feront partie de ces artistes à jouer du Dubstep pour la première fois à Los Angeles et promouvant ainsi de la meilleure des manières le label. Après 21 ans d’existence et ses 5 dernières années le faisant rentrer dans l’histoire, Argon finira par s’éteindre sans explications et laissera derrière lui des classiques comme 50,000W / Loefah Remix (et 50Kw VIP) ou Under The Dancing Feet de Clouds & Tiiu.

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Intéressons nous maintenant à War Series. La raison ici de parler de ce label mythique vient du fait que si le propriétaire n’a jamais été officiellement dévoilé, de nombreux indices portent à croire qu’il ne serait autre que Nick Argon.

Créé en 2007,  War Series avait pour particularité de ne sortir que des remixes Dubstep de grands classiques du Reggae et de la dub, le tout pressé à 500 exemplaires sur des 12″ vierges. Au fil des années les artistes se sont révélés petit à petit et l’on retrouve une participation importante de Matty G, Dj Madd, ainsi que J:Kenzo, Noah D, Dutty Ranks et Roommate. Artistes qui ont tous signés sur Argon Rec ( à l’exception de Dj Madd ).

Si la qualité des releases est parfois discutable (ceux de Matty G sont incontournables), il reste néanmoins le précurseur de nombreux labels actuels comme Lion Charge, Whodem, Ruffcut, Roots’n’Future ou plus récemment la série X de Innamind qui à leur tour se concentrent sur des tracks à mi-chemin entre la dub et le dubstep et qui remettent le vinyl au premier plan.

Arrêté en 2010,  War Series laissera 19 sorties derrière lui dont certaines se vendent encore aujourd’hui à prix d’or.


Tracklist :
Clouds & Tiiu – Under The Dancing Feet
J:Kenzo – Counteraction
Truth & Dutty Ranks – Bombay Saphire
Tes La Rok – Intanationalz
Matty G – 50,000 Watts
Matty G – 50,000 Watts ( Loefah Remix )
Von D & Zhakee – Bon ( Distinction Remix )
Malilone – Lions And Pearls

Rétrospective 02 : Keysound Recordings

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Dusk & Blackdown // Keysound // Discogs

Dans cette série de dossiers, nous allons nous intéresser à ces labels qui ont fait l’histoire des basses fréquences (ou dubstep si tu préfères). Certains sont encore en activité et continuent à faire évoluer le genre mais d’autres, en revanche prennent la poussière. On vous propose ici de se re pencher sur l’histoire de ces morceaux qui ne méritent qu’à être re écouté. Vous trouverez à chaque dossier un mini-mix réalisé par nos soins et proposant une sélection  propre à chaque label. En espérant vous donner envie de découvrir ou redécouvrir ces galettes : “Pull uuuuuuup…” <<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<

Pour cette deuxième rétrospective, le label Keysound sera à l’honneur.

Le label voit officiellement le jour en 2005 sous l’impulsion de Dusk (Dan Frampton) et de Blackdown (Martin Clark), deux immenses diggers et geeks férus de musique. (Nous ne pouvons d’ailleurs que vous conseiller de fouiller le blog de Blackdown, actif depuis 2004 et qui reste une mine d’or de ressources et d’informations sur le genre.) Les deux compères se rencontrent dans une boîte de nuit où Dan mixait un soir. Les deux sympathisent très rapidement autour d’un morceau de Stevie Wonder, « Superstition » joué par Dan. 

Dan: “J’ai rencontré Martin dans une boite où on a commencé à discuter autour d’un morceau de Stevie Wonder. Je me suis dit: ‘ Si il connait cet album et qu’il le joue, ce doit être un mec bien !’
Martin […] de son côté: ” Si il ne vient pas me demander de jouer quelque chose d’autre alors ce doit être un mec réglo.”

Source: interview BigUpMag16 –

 Dusk et Blackdown font partis du noyau dur de la dubstep originelle, notamment de l’époque FWD>>. (ndlr: nom des premières soirées “dubstep” en Angleterre au début des années 2000) Époque qu’ils ont connu et à laquelle ils ont participé. Au passage il est intéressant de rappeller que l’appellation “FWD” (Forward ou “Futur”) est apparue deux, trois ans après le début de ce type de soirée. À l’origine, ils n’étaient qu’une quarantaine dans une petite salle à partager la même passion pour le garage abrasif et le côté sombre de la jungle tous les deux mois. C’est avec le temps que ce type de soirées commença à évoluer, pour finalement devenir une véritable famille où les gens mixaient les morceaux des mêmes personnes présentes dans la salle. La seule clé pour rejoindre cette petite communauté était la contribution et l’entraide. Tu veux faire partie de la communauté ? Alors commence à produire et à mixer. C’est de cette manière que tous ont commencé, Skream, Hatcha, Youngsta, Kode9 … Du moins, tous ceux de cette ère post-Garage début des années 2000. Car oui, le ‘step’ du terme dubstep ne vient pas de nulle part, mais bien du 2-Step, sous-genre tirant son nom de la rythmique d’une certaine friche du garage anglais. 

Les deux compères ne manquent aucun rendez-vous du Plastic People (ndlr: célèbre club accueillant les premières soirées dubstep) et ce, depuis 2001. C’est finalement en 2007 qu’ils mixent pour la première fois dans une soirée FWD>>. Après avoir passé les deux dernières années à produire leur album (non sorti à l’époque), il est également intéressant de préciser que lors de ce set, Dusk & Blackdown furent les premiers à dropper le « Archangel » de Burial, le seul morceau de leur set qui ne fut pas produit par eux.

Cette famille partageait les mêmes valeurs musicales pour le garage et le côté sauvage de la jungle, qui sont les pierres de l’édifice des basses fréquences. Ce sont ces mêmes valeurs qui composent le son de Keysound. Valeurs que les deux compères n’ont cessé de triturer, d’améliorer, de personnaliser et de faire évoluer pour réellement devenir leur signature. Les débuts sont purement Do It Yourself et underground, les deux amis se lancent dans la création du label pour une raison simple : personne ne veut sortir leur musique. Ils profitent de l’entraide de la communauté rwd>> à leurs tout débuts. Loefah s’occupe du logo, Mala de la distribution et Pinch met également la main à la patte pendant que Kode9 passe des heures au téléphone avec Martin pour bien les aider à tout mettre en place. Rappelons que ce sont ces mêmes personnes présentes au début de FWD>>, autrement dit des amis.

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“Le Brostep et la destruction du dubstep ont été des obstacles très embêtants pour nous. Ce style de musique est quelque chose de très importants à nos yeux, quelque chose dont nous nous soucions réellement, voir tout ça s’écrouler est toujours difficile. Nous avons décidé de réagir positivement à ce phénomène en construisant quelque chose de différent et en nous promettant de continuer sans jamais abandonner. Il suffit de s’éloigner de la forêt qui brûle, de la regarder se détruire jusqu’au bout pour la replanter.”

Les artistes signés sur Keysound opèrent tous dans la même direction : celle de se ré-approprier les sonorités du garage anglais, grime, jungle, hip-hop, dubstep ou reggae. S’il ne devait y avoir qu’un point commun entre toutes les sorties du label, ce serait l’univers propre à chaque artiste très mis en avant, donnant à chacun sa propre personnalité, très texturée et distincte mais toujours en gardant les mêmes influences et valeurs musicales. C’est ainsi cette connexion d’influences entre tous les artistes du label qui rend Keysound si unique. Wen aime la grime, Logos aime la grime, Grimino fait de la grime, Dusk et Blackdown adorent la grime… Les productions grime de Wen sont influencées par le 2-step, mais prenez Amen Ra qui ne fait pas de grime, ses beats sont aussi influencés par le 2step. Sully fait un blocage sur la jungle tout comme Double Helix, mais il garde une profonde influence du garage dans sa production. C’est réellement tout ce jeu d’interconnexions musciales au sein du label qui fait sa force. C’est également cette dévotion profonde pour l’époque FWD qui anime l’esprit Keysound depuis si longtemps : Croiser des ponts entre les styles, voir si ça marche et surtout ne pas savoir comment étiqueter le résultat.

Keysound Show sur Rinse.fm > Tous les 2e/3e Jeudis du mois de 1h à 3h
Blog de Blackdown, en ligne et actif depuis 2004
Flickr de Martin Clark
Flickr de Nicolas Hogg, photographe du label


Tracklist :
LV & Joshua Idehen – Angry Hiss
Moleskin – Burst
Sully – It’s Your Love
Beneath – Prangin’
Beneath – PVO
Balistiq Beats Feat Jamakabi – Concrete Jungle (Yardman Riddim)
J-Treole – The Loot (Sully Remix)
Wen – Swingin’ (LDN Mix)
Wen – Commotion VIP

El Mahdy Jr : Le Burial Algérien ?

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El Mahdy Jr // Discogs

C’est comme ça que plusieurs médias comme Resident Advisor ou The Guardian le décrivent. Nous ne sommes pas là pour les contredire mais nous préférons généralement éviter les comparaisons entre ces artistes qui offrent une musique tant personnelle, sortant des codes théoriques de la musique électronique et plaçant au premier plan une valeur sentimentale.

El-Mahdi Rezoug aka. El Mahdy Jr. est un algérien ayant quitté son pays à un âge précoce pour la Turquie, jonglant entre les deux pays avant de rejoindre l’université en Turquie. Il compose une musique épongée de sonorités d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient mélangées aux techniques de production électroniques Occidentales ; notamment l’Angleterre avec le Dubstep, Dub, Trip-Hop et Grime donnant un résultat expérimental jouant entre les différentes structures de beats où vient parfaitement se greffer une atmosphère à la fois sombre et transcendante. Au fil des années la froideur brute des boites à rythmes laisse plus de place à cette teinte atmosphérique qui caractérise tant le son de El Mahdy. Lui-même ne se définit pas comme musicien mais plutôt comme un “collagiste sonore”.

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De notre côté, nous avons découvert El Mahdy Jr. en février 2013 sur la compilation Davulun Sesi Vol.2 de Tektosag Records où nous découvrons également un Gantz qui, depuis, a fait pas mal de chemin, pour se voir devenir un artiste marquant du mouvement dubstep. Mais revenons à El Mahdy qui, sur cette compile, nous offre Mehtaab, une musique déjà caractérisée par la teinte orientale et soporifique des ambiances, avec un découpage net des différents éléments rythmiques de la musique électronique occidentale.

2013 fut aussi l’année de la sortie de son premier album majeur “The Spirit of Fucked Up Places” sur Boomarm Nation. El Mahdy Jr. a toujours vécu au côté d’importantes turbulences politiques dans des villes où les places publiques donnent lieu à de grandes manifestations, dans des pays coincés entre modernités et traditions. The Spirit of Fucked Up Places est la traduction de ce contexte politique et culturel que traverse cette région du monde. À travers 7 titres El Mahdy puise ses sources tant dans la musique Arabesk – musique populaire turque écoutée par la classe ouvrière dans les années 70 – que dans le Raï – musique populaire algérienne dont les débuts remontent aux années 1920 avec des paroles faisant état de questions politico-sociales et qui fut une force de manifestations antigouvernementale dans les années 80.Ses sources, El Mahdy les transforme avec une intéressante maîtrise d’échantillonnages, balayée par des effets caractéristiques du dub, pour donner un résultat fantomatique à cette atmosphère tendue. À cette couche vient s’appuyer des beats aux inspirations dub, dubstep ou grime également travaillés d’effets et de synth plus froids des années 80. El Mahdy Jr. travaille avec le matériel à sa disposition ; adepte du DIY il obtient une combinaison qui se mélange parfaitement afin de donner une vision plus contemporaine de son environnement. Pour cet album, l’artiste a tourné un clip porté par le son Gravity où les prises vidéos ont été tournées par El-Mahdy lui-même entre l’ Algérie et la Turquie pendant son quotidien.

14 janvier 2014, deuxième sortie sur Boomarm Nation avec “Raï Dubs”, en collaboration avec Gulls, XJ et Alter Echo, ces pistes sont un concentré de musique Raï algérienne déconstruite et reconstruite à partir d’enregistrements de cassettes et de rip Youtube. Pour la petite histoire, le sample utilisé dans R4 DUB provient d’une cassette trouvée par XJ dans une voiture de location. La piste sur la cassette se trouve être un classique mais aussi ‘’really nasty” C’est la chose qu’ils cherchaient.

Dans les années 80 une tentative d’éradication du Raï (signifiant “opinion”) passe par l’interdiction de l’importation de cassettes vierges et la confiscation des passeports des musiciens de Raï. L’ ensemble de ces éléments nous plonge un peu plus dans l’environnement complexe de l’artiste.
Lors de la phase de création chaque élément sonore a son importance et sa force de parole. Comme il le dit lui-même : “Je prends des références pour dire quelque chose […] Les sons sont comme les mots, choisissez les bons mots pour dire ce que vous pensez”. El Mahdy Jr s’exprime plus précisément sur ce sujet dans un entretien avec : The Quietus.
Disco Maghreb apparait pour la première fois en 2013 sur la mixape Monkeytek ‎– Ahumourous Atlas Of The World.

En parallèle, à un jour d’intervalle, apparaît Rising en collaboration avec de Gantz qui sort son premier 12″ dans la maison Deep Medi. L’atmosphère de El Mahdy Jr. est là, mariée au beat dubstep lourd, efficace et si particulier de Gantz avec un mastering taillé pour les soundsystems. Sur la seconde partie, un sample de Raï vient s’ajouter et renforcer l’immersion. Il fait également une apparition sur la compile Still Life__ du label français So What? Di Khrap! avec le son Limited Materiel. Sur ce titre il construit une atmosphère autour d’un hymne de la région turque Anatolie, chanson appelée Zahidem enregistrée dans les mariages (free download) :

En juin 2014 vient une autres sortie remarquée, Gasba Grime sur le label suisse Danse Noire.
EP influencé et marqué comme son nom l’ indique par le Grime, toujours mêlé au Raï survolé par une atmosphère pesante. Mais le son qui retiendra le plus l’attention du public est bien Lost Bridge : un son à la structure Dub / Dubstep mené en deux parties. Killing Sound, le trio de Bristol appartenant au collectif Young Echo dont nous parlerons dans un prochain article, réalise un remix minimaliste, évolutif et en même temps inquiétant voir transcendant, propre aux sonorités du trio El Kid, Jabu et Vessel.

Juillet 2014, E3, patron de ZamZam Records basé à Portland, tout comme Boomarm Nation, nous offre un 7’’ de El Madhy Jr. – Last Breath / Last Deal. Deux versions à la construction dub puissante nourrie d’effets, nous plongeant à nouveau dans l’espace de El Mahdy avec une finalité dub propre à ZamZam.
Last Deal met de côté l’atmosphère orientale caractéristique de El Mahdy pour laisser place à un dub digital bousculé par des reverb et delay recréant une sorte de chaos organisé.

Nous arrivons à l’année 2015 avec Ghost Tape sur le label londonien Discrepant. Cet LP, important à nos yeux dans la carrière de l’artiste, est le résultat de plusieurs années de pratique et d’efforts en tant que “collagiste sonore”. Comme à son habitude, l’artiste a utilisé des cassettes audio récupérées mais aussi différents échantillons de radios et d’enregistrements fait sur le terrain ; comme il explique à l’arrière du LP:


‘’Ghost Tapes is a composition of everyday fragments based on found tapes, field recordings, beats and radio frequencies.

A ruff attempt of interpreting the cultural ghost that surrounds the field and makes the difference between place and space.’’

Le résultat montre la différence évoquée en début d’article, la «disparition de la froideur brute des boites à rythmes». El Mahdy compose avec des sonorités de batterie plus humaines et plus travaillées, salies, ce qui renforce le lien avec ses nappes créées à partir d’échantillonnages. Une composition parfaite qui se traduit par deux titres de 12 et 16 minutes, laissant le temps à El Mahdy-Jr. de s’exprimer pleinement, sans être contraint par la durée moyenne d’un titre.
Une réécoute de Mehtaab de 2013 confirmera cette belle évolution qui renforce sa démarche à travers ses compositions.

En cette fin d’année 2015, octobre, El Mahdy revient sur Boomarm Nation avec un remix du titre To The End de E3 qui figure sur la face A.
“To the end” débute sur un rythme de marimba déformé puis une phrase, engagé et réaliste – “People sell them souls for a slice of bread…” – soutenue par un beat obscur avançant avec assurance, accompagné par une foule de hi-hats tranchants. Le tout accompagné des marimbas et d’un sub formant un duo méditatif. El Mahdy Jr. vient noircir le tableau avec des mid qui grognent littéralement et un rythme intense qui soulève toute la crasse du titre.

El Mahdy Jr. a su en quelques années nous plonger dans son univers si personnel en mélangeant tradition et modernité dans une technique de production contemporaine. Un vrai artiste à suivre sérieusement.

EDIT 2017 : soon

Interview – Dossier : La Fusée Egoless

Azalea - Egoless - Tom Fotom

© Fo’Tom

Egoless // Bandcamp // Discogs

C’était un samedi après-midi du mois de Septembre. Nous avons eu la chance de pouvoir nous entretenir avec Egoless, de son vrai nom Ognjen Zečević (Oggy pour les intimes). Le croate fut invité par les Toulousains du collectif Folklore à l’occasion d’une après-midi session Dub, le GlobalSoundclash qui réunissait également la tribu I-Station et leur fameux sound system.

Cela fait un petit moment que nous suivons le travail d’Egoless, qui ne cesse d’évoluer depuis notre découverte sur la deuxième compilation des “Echodub“, label écossais qui cherche à promouvoir des artistes avec une identité musicale forte (cf: l’immense Cosmic du bristolois Lurka sur la même compilation). S’en suivit rapidement son très connu « Selected Works 09-12 », album en donation libre compilant tous ses morceaux de l’époque. Véritable surprise où la Dubstep aérienne et ambiante d’Egoless affirme (entre autres) ses vraies influences roots culture (Answer Riddim, Awake Dub, Overnight Dub). Après deux excellentes sorties sur Lo Dubs, le monsieur se fit discret en terme de sorties, malgré ses passages répétés au Outlook aux côté des Mungo’s Hi-Fi. 2015 fut une année riche en sorties pour le croate : ZamZam, Lion Charges, System et récemment Scrub A Dub. Ce fut l’occasion pour nous de pouvoir en apprendre un peu plus sur son actualité, son rapport aux machines et surtout à la musique.

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– I-Station Sound System –

La musique, le monsieur n’en vit pas, même de nos jours malgré son récent succès dans le milieu indépendant. Il vit plutôt de son métier d’ingénieur du son à Zagreb. C’est en grandissant dans le punk qu’il fit ses premières armes en tant que bassiste de Faul à la fin des années 90. C’est grâce à ce groupe qu’il commenca à voyager pour jouer, une époque marquante pour lui. Plus que la musique en elle-même, c’est le message implicitement véhiculé par ce style qui l’intéressa : le grand doigt d’honneur (« Fuck You Attitude ») envers notre système. De la musique forte, sauvage, énergique et surtout bruyante. Un bruit qui remplit tout l’espace le temps d’un concert, créant une ambiance bien particulière, propice au relâchement. Il y’a une continuité à cette fougue qu’il retrouva dans le mouvement Jungle/Breakbeat un petit peu plus tard. L’urgence et la sauvagerie sont des notions qui peuvent rejoindre ces deux genres avec un certain regard. La vitesse du Amen Break déstructuré combiné à ses imposantes basses fréquences rendent l’espace propice à un certain relâchement pour le spectateur aussi, tout en restant dans un contexte politique précis (punk: alcool, drogue, sex etc, jungle : rave, drogues angleterre, jeunesse). Ces croisements entre styles ne sont pas un hasard pour le monsieur pour qui cette “énergie” reste présente d’un mouvement à l’autre. Il en est de même pour le Dub et le Dubstep, les deux jouent sur des fréquences très graves occupant tout un espace et de manière très lourde rendant l’atmosphère de chacun des deux unique.

Dans les années 2000, c’est avec ST!llness qu’on le retrouve, dans un groupe crossover avec des amis à lui de Zagreb, fruits de nombreux jams et autre freestyles. D’années en années, la guitare du croate laisse place aux lignes de basses du Reggae et du Dub. Toujours dans cet esprit d’unité avec ses anciens amours, la lourdeur. C’est lors du succès de la période Digital Mystikz et son exportation à l’international qu’Egoless découvrit la science du 140 bpm. Pour ce qui est du dubstep en Croatie, le mouvement EDM et Brostep a tout dévasté pendant leurs courtes années, ne laissant place qu’au artistes vraiment indépendants et amoureux du son depuis le début. La scène est pas forcément énorme, mais reste familiale année après années (Digitron Soundsystem / Bass Matters Soundsystem / Botza / Bamwise / Waitapu). Tous les ans se déroule le Seasplash Festival qui est un festival qui se déroule au même endroit que le Outlook. Festival très important pour la scène, organisé depuis plus de 13 ans ! Egoless faisait également parti du crew Subjekt, qui se pose comme une association Croatienne de producteurs avec Dubdiggerz, Sapleo et Agregat organisant souvent des soirées dubstep. Parmis leurs invités nous pouvons citer Vivek, Joe Nice ou même Gantz.

Au moment de notre entretien, il n’avait pas sorti de musique sur des labels depuis un petit moment. Non pas que le monsieur cessa d’en produire, bien au contraire. Il eu beaucoup de propositions mais quasi toutes venant de web-labels. Non-intéressé, il s’enferme et continue à produire dans l’ombre durant ce break de trois ans. Un break plutôt logique de sa part puisque il ne supporte pas l’idée de vendre des morceaux en format digital. C’est le format physique qui l’intéresse. Format sur lequel il développe toute une réflexion sur la musique numérique. Ou va t’on avec nos fichiers 320k après 20 années passées sur un smartphone ou un ordinateur ? Les fichiers seront-ils toujours en état après 10 passages sur 10 disques dur différents et changés 8 fois d’ordinateur ? Et surtout dans quel état ? Une réflexion plus qu’intéressante et soulevant beaucoup de théories … Problème auquel il a la solution : vendre sa musique en vinyle, le seul format qui l’intéresse pour le public dans le sens de la pérennité dans le temps. Très actif, beaucoup de ses compositions sont disponibles en téléchargement libre sur son bandcamp afin de remercier son public. En résulte les “Selected Works“, dont il vient de sortir le troisième volet en 2016. Attitude qu’on ne peut que saluer tant la qualité de ses free downloads est au rendez-vous (à l’heure actuelle le “post-apocalyptic refix” de Horror Show Style tourne en boucle chez nous !!!).

Egoless - Azalea

Egoless at work – © Fo’Tom

Durant ce break de sorties la scène a bien évoluée, le dubstep a muté pour revenir sur une de ses influences les plus cruciales : le dubwise. J:Kenzo fut l’un des premiers a vraiment sceller cette mutation avec le lancement de Lion Charges, le sous-label de son très noir Artikal Records. La connexion entre J:Kenzo et Egoless se fit à travers le premier vinyle de Egoless, “Rainbow Dub” qu’il joue régulièrement dans ses podcasts pour Mistajam sur BBC1 Extra-Show à l’époque. C’est Kenzo lui même qui le contacta pour le remercier du vinyle. Les échanges entre les deux monsieurs ont commencé à ce moment là. Kenzo parla très vite de son projet Lion Charges et de la tournure qu’il voulait prendre avec ce label en lui demandant de lui envoyer des morceaux exclusifs. Il lui accordera ainsi deux excellentes sorties apportant un hommage neuf et sincère à toute l’ère King Tubby, Lee Perry des années 80. Toujours dans cette optique d’hommage au vieux dub et a à la culture des soundsystems, c’est avec le prestigieux label ZamZam qu’Egoless continuera son ascension. Aucune surprise dans la sortie de ce deux titres, tant la philosophie du label fait écho avec sa musique. Basé à Portland, c’est via Craig Morton (aka Monkeytek, le boss de Lo Dubs Records) que la connexion se fera. Sort alors l’excellent riddim “Yërmënde” porté par la magnifique voix de Daba Makourejah sur la face A. À propos de cette collaboration, Egoless nous avoue avoir adoré collaboré avec elle, mettant un point d’honneur à ce qu’elle chante en Wolof, sa langue natale, pour plus d’authenticité. En résulte ainsi un véritable message sur l’importance de l’éducation sur la jeunesse, un thème récurrent dans la culture Reggae depuis des années. L’instru’ est un gros édit du “Revolution Riddim” de Sly & Robbie qui une fois passé dans les machines du monsieur résonne comme un pur morceau de l’époque mais produit de manière très moderne.

Egoless est également à la tête d’Afro Dub System son side project plus dubby.Le projet commença avec l’idée de combiner les sonorités africaines et jamaïcaines qui pour lui sont similaires sur plusieurs points. Le sample d’Adowa par exemple vient d’un rite funéraire utilisé par le peuple Ga des Ghana en Afrique. En effet pour cette tribu, la mort ne signifie pas la fin de la vie, mais le commencement d’une autre vie. Le rite funéraire se transforme ainsi en une cérémonie spirituelle, laissant place aux chants et à la danse. Quand a la suite du projet, ce n’est pas pour de suite si ce n’est qu’il aimerait beaucoup collaborer avec de vrais musiciens, choristes, chanteurs pour développer ce projet à une plus grande échelle.

Azalea Egoless

…and again. © Fo’Tom

Crédits Photo : TomTom

Klavma the wolf.

Rétrospective 01 : Earwax Records

Retrospective Earwax Azalea ssgc

Dans cette série de dossiers, nous allons nous intéresser à ces labels qui ont fait l’histoire des basses fréquences (ou dubstep si tu préfères). Certains sont encore en activité et continuent à faire évoluer le genre mais d’autres, en revanche prennent la poussière. On vous propose ici de se re pencher sur l’histoire de ces morceaux qui ne méritent qu’à être re écouté. Vous trouverez à chaque dossier un mini-mix réalisé par nos soins et proposant une sélection  propre à chaque label. En espérant vous donner envie de découvrir ou redécouvrir ces galettes : “Pull uuuuuuup…” <<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<

Earwax // Multiverse Ltd.

Fondé par Dj Pinch en 2006 en tant que sous-label de Multiverse Ltd, Earwax sera à l’origine de 15 sorties uniquement sur vinyles et accueillera des artistes dont la réputation n’est plus à faire tels que RSD (Aka Rob Smith), Mrk1, Joker, Cluekid, Jack Sparrow, ID ou encore Gemmy. Avec ce label, Pinch en profite pour sortir des sons axés dancefloor, laissant le côté deep et expérimental au colossal Tectonic qu’il gère également avec brio depuis 2005. Les sonorités rappellent souvent la Dub et le Reggae comme Backyard Dub de SNO ou Glory de Moldy ainsi que des chansons nettement plus dans la lignée dubstep des débuts du mouvement composés de beats légers et recherchés, de kicks souvent percutants et de wobbles prédominants qui en sont presque caricatural 8 ans plus tard.

Avec sa moyenne de deux sorties par an il restera actif jusqu’en 2011 avant de fermer. Parmi les titres phares on notera l’intemporel Kingfisher de RSD où les basses définissent à elles seules la chanson ainsi que le Kapsize de Joker dont il reprendra le nom un an plus tard pour monter son propre label.

 


Tracklist :
SNO – Disturbance [EAR 001]
Cluekid – Down And Dirty [EAR 002]
MRK1 – Revolution 909 [EAR 009]
RSD – Kingfisher [EAR 004]
MRK1 – Infection [EAR 007]
ID & Skinnz – The Blues [EAR 011]
ID & Skinnz – No Love [EAR 015]
Cluekid – Shifty [EAR 009]
ID & Skinnz – Issues [EAR 011]
Ginz & Kool Money Kwame – Oero [EAR 013]
Jokey – Grimey Princess [EAR 003]